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Sidi Larbi Cherkaoui / Milonga : Tango (presque) asexué
Scène

Sidi Larbi Cherkaoui / Milonga : Tango (presque) asexué

On pense à son côté sexy, sensuel, à la robe rouge de l’emoji et à la rose dans les bouche des messieurs. Mais Sidi Larbi Cherakoui, lui, évacue les clichés qui collent au tango depuis trop longtemps.

Le « timing » est assez expectionnel en soi: fraîchement nommé directeur artistique du Ballet royal de Flandre, Sidi Larbi Cherkaoui s’arrête à Québec et à Montréal pour une série de spectacles.

Né d’un père marocain et d’une mère flamande, le chorégraphe belge nourrit son penchant naturel (voire génétique?) pour les mélanges culturels. Après avoir exploré le kathak, le flamenco et la danse indienne, voilà qu’il fait équipe avec Nelida Rodriguez de Aure, celle qui lui a fait découvrir l’Argentine et plus particulièrement la capitale Buenos Aires en le traînant dans les milongas, ces soirées dansantes festives où l’improvisation est bienvenue. Une tradition qui inspire le titre de la pièce.

C’est là qu’il rencontre les couples qui allaient être dans son spectacle, dix pros du tango et deux danseurs contemporains. Estime-t-il qu’il les a sortis de leur zone de confort? «En tout cas, c’est spécial pour eux de rencontrer un chorégraphe contemporain et aussi de travailler avec quelqu’un qui n’est pas d’Argentine. Mais c’est vraiment des danseurs professionnels qui ont, disons, la capacité de travailler avec un chorégraphe ou un metteur en scène, et c’est aussi des artistes à part entière. La chorégraphie a vraiment été créée avec eux, on a travaillé ensemble en tant que partenaires. C’était vraiment une équipe très forte.»

Milonga tient de l’échange, en ce sens où Cherkaoui les a amenés dans son univers et que les Argentins lui ont fait don de leurs qualités techniques irréprochables. «Mais à côté de ça, j’ai essayé de trouver quelque chose de plus doux et de plus complexe, parce que les relations humaines sont complexes. Elles ne sont pas juste romantiques comme elles sont souvent décrites dans les spectacles de tango avec des happy ends. J’ai voulu pimenter tout ça pour qu’on puisse voir plusieurs angles de l’image du couple. Pour parler du couple au 21e siècle et de ce que ça veut dire.»

 

Thérapie de groupe

Même si Hollywood s’entête à montrer une version sexy du tango et que les téléréalités comme Dancing with the Stars insistent sur l’aspect sportif de la discipline, Sidi Larbi Cherkaoui perçoit cette danse comme un exercice de «consolation». Un mot qu’il répétera souvent lors de l’entrevue. «Le tango est très, très intéressant parce qu’il nous apprend des choses sur le corps et sur l’autre. Sur la responsabilité qu’on a envers les autres. […] Je pense que, dans l’univers très virtuel dans lequel on vit en ce moment, c’est très sain de faire une danse sociale comme le tango.»

Très sensible, Cherkaoui s’avoue mélancolique – comme les Argentins, selon lui – et mise d’ailleurs là-dessus dans son énième opus, en créant des moments en plus de guider les athlètes sud-américains vers une interprétation sentie. «Il n’y a qu’un solo, et pour le reste, tout est en duo. Ce solo, c’est vraiment un solo de quelqu’un qui a été poussé à l’extérieur du groupe. Tout le reste, c’est des couples et il y a une femme toute seule qui, vraiment, est complètement isolée des autres. C’est très triste à regarder.»

Mettre la solitude en mouvement, une autre marque de commerce de l’homme de danse qu’on devine attiré par l’exotisme. Le prochain défi inscrit à sa to-do list? Explorer l’univers du hip-hop et de la danse urbaine.

Mardi 10 février à 20h

Grand Théâtre de Québec

 

Du 17 au 21 février

Théâtre Maisonneuve (Montréal)