Fabien Cloutier / Cranbourne et Scotstown : Une page qui se tourne
Scène

Fabien Cloutier / Cranbourne et Scotstown : Une page qui se tourne

Plus rien n’arrête Fabien Cloutier. L’homme de théâtre de Sainte-Marie-de-Beauce entre (en quelque sorte) dans la légende en même temps que les profs des cégeps et des universités lui font une place dans leurs programmes. 

C’est la fin d’un cycle, celui de Scotstown et Cranbourne sur scène, et un bilan s’impose. Par sa parlure du terroir, son verbe écorché et limité, le chum à Chabot de Fabien Cloutier a marqué le théâtre québécois et même la littérature d’ici par la bande. Autant qu’un Michel Tremblay et ses Belles-sœurs? C’est évidemment encore beaucoup trop tôt pour le dire, même si les textes de Cloutier sont eux aussi étudiés dans certains établissements d’enseignement supérieur.

Documentariste malgré lui, Cloutier est parvenu à saisir l’essence de l’âme d’un gars de l’Estrie déménagé en Beauce qui travaille dans la shop des petits gâteaux Vachon. Un type honnête, qui veut évoluer et qui réfléchit beaucoup malgré ses limitations intellectuelles évidentes. «Il sacre parce qu’il manque de mots. Il dit « plotte », il dit « chier » parce qu’il les a pas les autres mots. Mais les émotions que tu peux avoir en dedans, il les a toutes. Il est égal à tout le monde, il est entier.»

La langue est crue, les idées aussi. Sans jamais tomber dans la caricature, l’auteur (aussi interprète) s’efforce d’être aussi réaliste que possible sans jamais se payer la tête du monde des régions. Une intention qu’on lui a déjà prêtée à tort. «J’ai toujours refusé de polir le personnage pour le rendre mainstream. Et je pense que c’est ça qui fait qu’il est demeuré vrai.»

Dix ans après avoir pris ses traits pour la première fois aux Contes urbains du Théâtre de la Licorne, Fabien Cloutier a tissé des liens presque affectifs et intimes avec son personnage. De ville en ville, le chum à Chabot a touché une variété de publics, et les réactions suscitées par ce dernier différaient du tout au tout d’une personne à l’autre. «Ça m’est arrivé quelques fois d’avoir des gars qui viennent me voir et qui me disent: « C’est moi. » Sont comme: « Crisse, c’est moi. C’est ma vie, tabarnac! » J’ai eu ça, des gars qui viennent me dire que c’est complètement leur univers, qui viennent te voir sur scène et qui aiment ça, qui se sentent pas comme le dindon de la farce. C’est peut-être ce dont je suis le plus content.»

En contrepartie, le chum à Chabot s’est présenté sous les traits de son géniteur à des étudiants du Cégep Garneau natifs de Sillery qui n’avaient probablement jamais croisé pareil spécimen humain. «J’ai aussi eu un monsieur qui m’a dit que c’était une tragédie en se tenant le cœur ou des gens qui m’ont dit qu’ils n’avaient jamais ri de même. […] Après ça, il te reste juste une chose à faire: tu rentres pis tu joues. Tu peux pas jouer ce qui a dans la tête du monde.»

 

La prochaine étape, comme l’évolution d’un Pokémon

Au moment de faire cette entrevue avec Fabien Cloutier, arrêté dans un parking à Saint-Hyancinthe, il ne restait plus que quatre ou cinq représentations de Scotstown et Cranbourne. «D’après moi, il va y avoir un troisième épisode, mais j’y laisse du temps. De façon très technique, je veux sortir un show de Fabien avant d’arriver à ça. Je veux laisser du temps au gars de vivre des choses.»

Le projet que Cloutier chérit en ce moment, outre son déménagement dans la métropole à la fin de l’année scolaire, c’est un premier one-man-show. «Je suis pas mal au bout de l’écriture. Quand je l’ai fait à Lévis, à l’Anglicane, avant les fêtes, j’ai fait: « OK, c’est pas loin de mon show. »» Bientôt, d’ailleurs, il entrera en salle de répétition avec les concepteurs. Un monologue plus personnel qu’on pourra voir à l’automne 2015 et, plus précisément, le 17 novembre au Théâtre Petit Champlain. (Billets déjà en vente ici)

Mais si l’artiste de la «Nordique Nation» succombe finalement aux charmes de Montréal, c’est surtout grâce au théâtre et aux offres qui pleuvent pour lui là-bas. «Y a pas de commune mesure entre ce qu’on m’a offert à Québec et ce qu’on m’a offert à Montréal.»

 

Placote

Pis placote

Pis placote

Puis, le chum à Chabot, ou plutôt Fabien se lance: « Y a plus de gens qui engagent, mais y a… Écoute, je sais pas si je me risque avec cette phrase-là… mais y a peut-être plus de curiosité [à Montréal]. Y a peut-être plus de gens qui cherchent ce qui est frais. Mais aussi parce que, concrètement, y a plus de théâtre et tout ça.»

Et il en rajoute, toujours prudent: « Je fais ben attention à ce que je dis, parce que je veux pas être le gars qui, maintenant que je m’en vais à Montréal, va dire au monde de Québec c’est quoi leurs problèmes et pourquoi ils pensent de travers. C’est pas ça pantoute. Mon seul point de référence là-dedans, c’est moi, c’est ce que j’ai vécu. Si ça veut dire quelque chose sur tout un milieu? Peut-être. Peut-être aussi que ça veut absolument rien dire.»

Quoi qu’il en soit, on risque de revoir la bette à Fabien bientôt, et pas seulement sur les scènes. L’automne prochain, il jouera dans une nouvelle comédie à TVA et, quelques mois plus tard, il sera de la distribution du prochain film de Jean-Philippe Duval intitulé Chasse-galerie. Un rôle de premier plan, soutient-il.

Il ne s’étendra pas trop sur la présentation, au mois d’avril à Munich, de Scotstown, qui sera traduit en patois de la Bavière. Le genre d’anecdote impossible à inventer!

 

// À visionner aussi:  Fabien Cloutier et sa critique (complètement décalée!) de Fifty Shades of Grey à l’émission PaparaGilles  

 

Vendredi 27 mars

Théâtre Petit Champlain

(Scotstown à 19h30, Cranbourne à 21h30)

Billets en vente séparément

 

Ailleurs au Québec:

19 et 21 mars : Petit Théâtre Outremont (Montréal)

4 avril: Le Trou du diable (Shawinigan)

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