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Scène

Philippe Ducros et Marie-Louise Bibish Mumbu : Kinshasa la belle

À Kinshasa, Marie-Louise Bibish Mumbu est une star. À Montréal, où elle vit depuis plusieurs années, elle est encore largement méconnue. À l’Espace libre, le metteur en scène Philippe Ducros adapte son roman Samantha à Kinshasa sous le titre Bibish de Kinshasa et provoque un stimulant dialogue nord-sud.

Depuis son déambulatoire photographique La porte du non-retour, on connaît l’intérêt que porte Philippe Ducros à la République démocratique du Congo, mais surtout à sa guerre bouleversante et à ses scandales miniers dans lesquels, évidemment, le Canada a sa part de responsabilité. Il s’en indigne, cherche par l’art à sensibiliser ses semblables. Mais en rencontrant Marie-Louise Bibish Mumbu, c’est aussi le Kinshasa festif et solidaire qu’il rencontre: celui des rues animées par un peuple soudé et résilient, peu importe le quotidien difficile.

Marie-Louise Bibish Mumbu
Marie-Louise Bibish Mumbu

«Les Congolais ont beaucoup d’humour, nous disait Bibish quand on l’a rencontré en mai 2014 en marge de l’événement Dramaturgies en dialogue. Le quotidien est difficile à Kinshasa et la vie politique est souvent déprimante, mais j’ai voulu écrire un roman à l’image du Congo, ancré dans le beau paradoxe d’une vie vécue dans la légèreté malgré le fait que le monde s’écroule un peu partout autour. Au Congo, on ne pourra jamais stopper les scandales miniers, ni la guerre qui déchire certaines parties du territoire, ni la misogynie. Mais c’est tout de même un pays magnifique.»

Ducros, grand voyageur devant l’éternel, l’a expérimenté puissamment. Mais pour en témoigner réellement, il fallait que Bibish soit elle-même sur scène. Ainsi, alors que la comédienne Gisèle Kayembe incarne le personnage du roman (une journaliste congolaise en exil vers l’Europe), l’auteure et son metteur en scène évoluent en retrait, prêts à interrompre l’action pour discuter des rapports entre l’Afrique et l’Occident ou de l’exploitation minière qui domine et terrorise l’économie du pays. Tout cela en mangeant et buvant (oui, il y aura de la bouffe sur scène et ce sera festif). L’auteur dramatique congolais Papy Maurice Mbwiti est aussi de l’aventure.

«Simplement, dit Ducros, j’avais envie d’inviter les gens à voir ce que les gens qui immigrent chez nous apportent dans leurs valises. À partir d’un cas, celui de Marie-Louise, on explore la richesse de l’exil. Alors que les débats sur les migrants et sur le niqab font rage, ça m’apparaît d’autant plus important. L’idée est de réfléchir un peu plus loin que ce que nous dicte notre peur de l’autre.»

En tant que Québécois, on a «une posture privilégiée» dans nos rapports avec l’Afrique. C’est ce que pense Ducros, qui évoque le fait que nous n’avons pas été colonisateurs et «ne vivons pas la culpabilité qui caractérise les relations de la France et de la Belgique avec l’Afrique». Les Québécois francophones peuvent même se reconnaître dans le statut de colonisé. «Sauf que nous sommes tout de même des Occidentaux, qui appartiennent à cette histoire de colonisation des Noirs par les Blancs. C’est un paradoxe qui sera nécessairement abordé dans le spectacle.»

Des discussions fertiles en perspective.

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