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Scène

Voiture américaine : L’apocalypse selon Catherine Léger

Que se passerait-il si l’humanité se trouvait soudainement dépossédée de tous ses biens de consommation? C’est cette apocalypse qu’imagine Catherine Léger dans la pièce Voiture américaine, à l’affiche de La Licorne ce mois-ci.

Lauréate du prestigieux prix Gratien-Gélinas en 2006, Voiture américaine est la pièce de fin d’études de Catherine Léger, dont elle a écrit la première version entre les murs de l’École nationale de théâtre il y a bientôt dix ans. Comment se fait-il qu’il ait fallu attendre tout ce temps avant qu’elle soit produite sur une scène professionnelle? Mystère. L’auteure ne se pose pas trop la question, mais se réjouit de l’aventure dans laquelle la plonge le Théâtre de la Banquette arrière, qui a fait appel au metteur en scène Philippe Lambert pour rendre tangible le monde désœuvré qu’elle a inventé dans cette «comédie cruelle».

«Il y a bien sûr une réflexion sur le capitalisme dans cette pièce, dit-elle, mais je ne suis pas économiste; j’ai surtout voulu écrire une comédie noire sur les rapports humains. Je me suis amusée à mettre en scène des gens qui ont du mal avec leurs rapports affectifs. Leur vie sans biens matériels révélera toutes sortes de carences sociales.»

Écrite avant la crise de 2008, Voiture américaine en anticipe pourtant métaphoriquement les conséquences désastreuses sur le monde occidental. «Or je suis loin d’avoir vraiment vu venir la crise comme dans une boule de cristal, rigole l’auteure. Je pense qu’en tant que Québécois, la crainte de la disparition nous habite tout le temps et c’est là-dedans que mon récit postapocalyptique prend inconsciemment racine.»

Au cœur de la pièce: la perte de la capacité d’émerveillement, sinon carrément l’impossibilité de l’extase. «Je m’intéresse, dit l’auteure, à notre rapport au vrai. Je m’interroge aussi sur les notions de satisfaction, de bonheur, et aussi bien sûr sur notre obsession pour l’amour. Mes personnages sont des désespérés, mais ce n’est pas une pièce cynique ni même pessimiste: ce sont des personnages qui cherchent la lumière et qui ne se laissent pas démonter.»

Ils sont faits forts, ceux-là. Car dans les dialogues corrosifs de Catherine Léger, les relations hommes-femmes sont souvent violentes. Les femmes en souffrent davantage, et d’ailleurs le monde ne se reconstruit pas à leur avantage. «Dans un essai passionnant de Susan Faludi, The Terror Dream, est évoqué le fait qu’il y a eu diminution des femmes lectrices de nouvelles sur les ondes de la télé américaine après le 11 septembre 2001. L’anecdote m’a passionnée. Je me demande si on n’est pas en train de vivre un rendez-vous raté avec le féminin, causé par les temps de crise que nous traversons. Quand l’humanité est mise en crise, la femme est souvent l’une des premières à écoper.»

 

À La Licorne jusqu’au 17 octobre

 

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