La divine illusion : De l'art à l'épreuve de l'obscurantisme
Scène

La divine illusion : De l’art à l’épreuve de l’obscurantisme

Sarah Bernhardt qui s’arrête à Québec en 1905 le temps de se produire sur scène, c’est le prétexte utilisé par Michel-Marc Bouchard pour faire un retour à une époque où le pouvoir clérical était presqu’absolu et pour amener l’art à s’imposer face à cette obscure domination.

La visite de «la divine» emballe journalistes et citoyens. La grande dame du théâtre présentera à Québec une pièce avec sa troupe et en sera bien entendu la tête d’affiche. Pour Michaud (Simon Beaulé-Bulman), pensionnaire au Grand séminaire, cette visite constitue un grand moment où il espère rencontrer son idole, lui, jeune bourgeois passionné d’écriture et de théâtre. Pour le clergé, c’est une catastrophe en apparence facile à maîtriser.

La venue de l’actrice coïncidera avec l’arrivée de Talbot, séminariste bagarreur et sombre dont la vie au pensionnat n’est possible que par le travail acharné en usine de sa mère et de son jeune frère. Michaud verra ses perspectives sur le monde changer drastiquement au contact de Talbot, de la misère des travailleurs d’usine et des lourds secrets bien gardés à l’intérieur des murs du Séminaire. Le frère Casgrain (Eric Bruneau) envoie le jeune séminariste rencontrer la grande actrice pour lui transmettre l’interdiction de jouer à Québec, mais sera loin d’obtenir le résultat escompté.

Éric Bruneau (frère Casgrain) et Simon Beaulé-Bulman (Michaud) / Crédit: Yves Renaud
Éric Bruneau (frère Casgrain) et Simon Beaulé-Bulman (Michaud) / Crédit: Yves Renaud

 

Michel-Marc Bouchard emprunte certains des plus pernicieux fragments d’histoire du Québec et les mêle à une fiction à la fois dramatique et comique autour de la visite réelle de l’actrice en 1905. Mensonges, abus, protection des prêtres entre eux se faufilent dans cette histoire où le théâtre, ultimement, sera la réponse lumineuse au «joug du clergé», comme l’a affirmé Sarah Bernhardt face à une foule enthousiaste d’étudiants au terme de son séjour, et au pouvoir politique qui se tiennent main dans la main.

Malgré ses propos désobligeants face à un peuple qu’elle a eut peine à comprendre, c’est la vraie Sarah Bernhardt que Bouchard et le metteur en scène Serge Denoncourt ont tenté de découvrir. C’est la grande amoureuse de l’Art et l’insoumise face au pouvoir prohibitif qui nous parle, à cette époque comme à la nôtre, de la nécessité de s’insurger et de laisser place aux mots, au théâtre et à l’imagination. Anne-Marie Cadieux réussit fort bien à s’abandonner dans le personnage, aussi bien les extravagances que dans les propos sincères de cette femme complexe et fascinante. Dans une scène particulièrement touchante, dénuée d’artifices, le jeune Michaud se laissera guider par Bernhardt qui l’incitera à écrire l’innommable, à affronter la laideur de la vie avec l’art, à dénoncer l’horreur.

Simon Beaulé-Bulman (Michaud) et Anne-Marie Cadieux (Sarah Bernhardt) / Crédit: Yves Renaud
Simon Beaulé-Bulman (Michaud) et Anne-Marie Cadieux (Sarah Bernhardt) / Crédit: Yves Renaud

 

Simon Beaulé-Bulman en séminariste fougueux, passionné et théâtral à outrance, brille dans cette distribution de haut calibre. D’abord très dramatique et exubérant, hilarant par son contraste avec le milieu austère où il se trouve, le personnage de Michaud gagne en profondeur en découvrant la réalité de son ami Talbot qu’il tente de sauver par tous les moyens. Talbot est bien rendu par Mikhaïl Ahooja, ténébreux et troublé. Annick Bergeron en mère inquiète et travailleuse épuisée tenant le cap, fragile, face à la rudesse des épreuves de la vie, épate par son jeu d’une grande justesse.

 

Au Théâtre du Nouveau-Monde jusqu’au 10 décembre 2015.
À la salle Albert-Rousseau (Québec) le 18 janvier 2016.

 

 

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