Ne manquez rien avec l’infolettre.
(ENTRE) / Théâtre Rude Ingénierie : Poésie programmée
Scène

(ENTRE) / Théâtre Rude Ingénierie : Poésie programmée

Le Mois Multi se clôt, ou presque, avec une proposition chapeautée par Philippe Lessard-Drolet pour le Théâtre Rude Ingénierie. Une chorégraphie impressionniste éclairée par un dispositif scénique hautement complexe et hypnotisant.

(ENTRE), à écrire avec parenthèses, s’il vous plaît, est la toute première pièce de danse du créateur multidisciplinaire Philippe Lessard-Drolet. Un type qu’à peu près tout le monde connaît par la bande à Québec puisque c’est lui qui, avec ses acolytes Bruno Bouchard et Pascal Robitaille, a maquillé de belle façon l’îlot des Palais pour Où tu vas quand tu dors en marchant… ? 4. Un tout petit extrait de son C.V., précisons-le. La dernière fois qu’on l’a croisé, c’était dans la pénombre de la même Salle Multi de Méduse, affairé à actionner les boutons en régie pour Maryse Damecour et son spectacle Exister encore.

Or, Philippe a l’habitude de travailler avec les interprètes, les générateurs de gestes, même s’il refuse de s’octroyer le titre de chorégraphe. Pour (ENTRE), il a donc donné beaucoup de liberté aux danseurs Josiane Bernier et Fabien Piché. « C’est vraiment pas un langage que je connais [la danse contemporaine], c’est pas une approche de création, une façon de travailler avec laquelle je suis habitué. Je suis beaucoup dans les idées, dans les concepts et la programmation de logiciels. […] J’avais plus une idée d’ambiance, une idée de pistes de jeu. C’est par là qu’on a commencé à aborder le mouvement. »

Josiane Bernier et Fabien Piché (Crédit: Josué Beaucage)
Josiane Bernier et Fabien Piché (Crédit: Josué Beaucage)

Diplômé en mise en scène, même s’il avoue n’avoir jamais vraiment oeuvré en théâtre, Philippe Lessard-Drolet tenait à ce que sa pièce raconte une histoire, qu’elle soit narrative mais pas forcément de façon linéaire. « Je voulais que ce soit quelque chose de doux, quelque chose de positif. Travailler autour du couple, du duo, de l’intimité. […] C’est pas un inventaire des différents niveaux de relations entre deux individus, mais disons qu’il y a un parcours là-dedans. Ce qui se dégage, malgré les zones de lourdeur et de pénombre, c’est que ces deux personnes-là ont choisi de vivre là ensemble, d’élire domicile dans cet espace là. »

La précision d’un chirurgien

Avec (ENTRE), la danse devient presque un prétexte pour explorer les multiples fonctions d’une installation d’éclairage interactive conçue, précisons-le, sur-mesure par  Lessard-Drolet. « Je me suis dit que ce serait cool de faire une installation où on reproduit des images vidéos, mais par des projecteurs d’éclairage traditionnels et non pas de la projection vidéo. Tout de suite, je me suis dis que j’avais envie que ça ne soit pas qu’une installation où le visiteur pourrait rentrer, jouer avec. […] Je me suis dis : faisons de cette idée-là une scénographie ! »

Visuellement, ledit dispositif scénique est totalement en phase avec l’esthétique si caractéristique du Théâtre Rude Ingénierie : poutrelles de construction, prélart de bois, aspect raw, recyclé, tout sauf lisse. « On fait avec des objets qui ne sont pas technologiques, qui ne sont pas à la fine pointe. On préfère bricoler avec des bidules qu’on a ramassés, des affaires qui sont lo-tech. »

(Crédit: Josué Beaucage)
(Crédit: Josué Beaucage)

Mais il ne faudrait pas se fier aux apparences : la programmation d’un tel décor demande la logique d’un physicien ou d’un actuaire, des facultés mathématiques et un type d’intelligence assez rare chez les artistes normalement. Philippe tente de vulgariser le fonctionnement de sa machine suspendue au-dessus des interprètes, interagissant par ailleurs avec eux tout au long du spectacle : « Les danseurs sont regardés par les caméras installées en périphérie. Cette image vidéo-là d’eux en direct est traitée par ordinateur, réduite en résolution et chacun des pixels contrôle l’intensité lumineuse des projecteurs disposés en douche sur l’espace central. » Autrement écrit : c’est l’image vidéo en très basse résolution qui est projetée et leurs mouvements créent des masses de lumière, d’immenses formes géométriques, des ombres. Le sujet, le danseur ou la danseuse, n’est donc pas reconnaissable.

Et puis, la musique de Simon Elmaleh est elle aussi le fruit d’une longue séance de pré-réglages. « Cette matrice de pixels-là génère des sons qui produisent des mélodies, des ambiances. Encore une fois, c’est réactif. Y’a certains pixels là-dedans dont l’intensité lumineuse va déclencher des notes. […] Ça donne l’impression que les danseurs sont super tight sur la trame sonore, mais en réalité, ce sont eux qui la génèrent ! »

24, 25, 26 février à 19h30 à la Salle Multi de Méduse
(En coprésentation avec La Rotonde)