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Scène

Maxime Beauregard-Martin : Une saucette Chez Thérèse

Le comédien et journaliste Maxime Beauregard-Martin présente Mme G., une pièce « presque » documentaire aux allures de fiction improbable. Son hommage à la dame des nuits de Montcalm. 

Des textes, Maxime Beauregard-Martin en écrit pour gagner sa vie. Dans Urbania, entre autres, pour d’autres publications aussi. Mais jamais il n’avait joint sa plume à son amour du théâtre avant cette pièce, sa toute première. « Quand je suis arrivé à Québec, ma coloc de l’époque m’a parlé d’une femme qui avait un bar qui ouvrait après 3h le matin… Là, je me suis dit que c’était un sujet parfait pour un article! Finalement, j’ai décidé de le garder pour moi. »

Cette dame-là, c’est Thérèse Drago née Deslauriers. Une légende aux abords de l’avenue Cartier, aujourd’hui retraitée et âgée de 88 ans. Parce qu’il faut le préciser : Chez Thérèse, c’est maintenant fermé. « Je n’ai pas l’impression que c’est un personnage qui appartient uniquement à la ville de Québec. […] Pour moi, elle est plus grande que nature. Son histoire n’est pas fascinante parce qu’elle se passe à Québec, elle est fascinante point final. »

(Crédit: Éva-Maude TC)
(Crédit: Éva-Maude TC)

« Quand j’ai eu l’idée d’en faire une pièce, c’est Marie-Ginette Guay que j’ai imaginée dès le départ pour le rôle de Thérèse. À mon avis, elle lui rend un grand hommage, elle est vraiment, vraiment bonne. »

La rencontre du jeune dramaturge avec le personnage tient elle aussi du roman. Une entrevue impudique gorgée de confidences savoureuses et de citations tellement efficaces que certaines d’entre elles ont été reprises mot pour mot dans les dialogues de Mme G. “Un soir, son coloc m’a appelé et il m’a dit : « Là elle est en forme, tu peux t’en venir.” Moi j’allais me coucher, je me suis dépêché et je suis arrivée chez elle à minuit et demi. Pendant deux heures et demie, à peu près, j’étais dans sa chambre et elle m’a raconté toute sa vie en fumant et en buvant une bière avec moi. C’est comme ça que ça s’est passé. […] L’une des premières choses qu’elle m’a dites c’est “J’espère que je te décevrai pas…” Évidemment, ç’a été le contraire! Elle a vécu pendant 15 ans à New York, elle a été propriétaire de La Grande Hermine sur Cartier. C’était un bar où les prostituées de la ville de Québec se regroupaient, mais ce n’était pas un bordel. Y’avait rien qui se passait dans le bar.»

Un premier entretien emballant, prometteur qui sera aussi son dernier. Coït interrompu. « J’étais sur le cul, j’en voulais plus. Quand je suis parti, je lui ai demandé si j’allais pouvoir revenir et elle m’a dit oui. Après ça, j’ai été gossant, j’étais vraiment harcelant, je pense, et ils [Mme Thérèse et son coloc Michel] m’ont dit “là, appelle-nous pas à toute heure et tout moment”. Je me suis senti mal et j’ai arrêté d’appeler pendant un bout de temps. Finalement, je ne l’ai jamais revue. »

Fais-moi la tendresse

Malgré ses faux pas, et le piège de la caricature qui lui pendait au nez, Maxime s’en fait un point d’honneur : Mme G. ne porte aucunement préjudice à la dame dont il a, de plus, changé le nom. « Je pense que c’est mon plus grand fantasme qu’elle soit là, et qu’elle soit contente. […] C’est délicat de faire une pièce sur des gens qui sont encore vivants, mais en même temps, je le fais vraiment  avec beaucoup d’amour, beaucoup de respect pour elle et son coloc que j’ai eu la chance de rencontrer, lui aussi. »

En plus de dépeindre le duo, l’auteur se met lui-même en scène avec une genre de mise en abîme sur son processus créatif, un texte d’autofiction bourré d’autodérision. « Je me moque de moi-même et des maladresses que j’ai pu avoir dans cette rencontre-là et dans l’écriture de ce premier texte. […] Y’a des choses que je romance, y’a des choses que je ne dis pas, y’a des choses qui m’ont été racontées et qui sont presque telles quelles. Je m’amuse à faire ça, aussi, avec mon propre personnage. »

Du 12 au 30 avril à Premier Acte

Mise à jour, 20 avril 2016 à 11h : puisque toutes les représentations de Mme G. affichent déjà complet, une supplémentaire a été ajoutée pour le samedi 30 avril à 20h. Billets en vente sous peu via lepointdevente.com 

Du 16 janvier au 10 février 2018 à La Bordée