Le Punch Club : Coup de poing théâtral
Scène

Le Punch Club : Coup de poing théâtral

Ça pourrait se jouer dans une ruelle un peu louche derrière un conteneur que ça pognerait quand même. La street impro du Punch Club est à la fois populaire et élitiste, dans le bon sens.

La file s’allonge à la porte, peu importe la ville. À Montréal, à Québec, certes, mais aussi à Havre-Saint-Pierre, Baie-Comeau et Matane. Il faut dire que l’alliance liberté sur scène + calibre supérieur séduit. «Le Punch Club est né d’un brainstorm sur ce que serait notre fantasme de spectateur, à Dominic Lapointe, Karl-Alexandre Jahjah et moi-même», raconte le maître de cérémonie et cofondateur, Ogden Ridjanovic. Le rappeur aka Robert Nelson (Alaclair Ensemble, Rednext Level), qui a fait de l’impro par le passé, rêvait de concentrer le talent sur scène. «C’est classique en impro: tu vas voir un match, tu accroches sur un ou deux joueurs qui se démarquent pis tu te dis: “Messemble que je prendrais un show avec juste ceux-là!”»

Élitiste, Le Punch Club? Ogden le confirme sans gêne: «On le dit, on veut les meilleurs. Je l’ai déjà entendu chez certains spectateurs: “C’est nice, y a pas le joueur moins bon dans l’équipe!”» Pas de tabou avec lui: il veut carrément «professionnaliser l’impro», et ça passe par payer les joueurs. Le but n’est pas d’éliminer les autres formes d’improvisation, mais bien d’offrir quelque chose de différent, de complémentaire. «L’impro gagne à être représentée de façons diverses. Son rôle communautaire est super important, ça permet de tisser des liens, de donner la chance à tout le monde, un peu comme une ligue de garage au hockey. Par contre, y a des gens qui ont développé une expertise là-dedans et c’est intéressant de jouer avec la notion de performance, de donner un spectacle de façon professionnelle. Tsé, dans la Ligue de hockey junior majeur, y a pas un gars qui est là juste parce qu’il est smatte! Même chose au Punch Club.»

(Crédit: Claudy Rivard)
(Crédit: Claudy Rivard)

Des visages bien connus du milieu se retrouvent sur scène pour inventer un nouveau show chaque soir: Anne-Élisabeth Bossé, Frédéric Barbusci, Salomé Corbo, Tammy Verge, Florence Longpré, Réal Bossé, Nicolas Tondreau, Marie-Soleil Dion, Patrick Guérard, Édith Cochrane, Anaïs Favron… la liste de superstars à jouer au Punch Club est longue! Pour pousser ces joueurs étoiles à donner le meilleur d’eux-mêmes, il y a bien sûr les trois p’tits bruns distribués à l’équipe gagnante («c’est comme un gig en musique, quand t’en fais un, t’as un cachet, même si c’est pas beaucoup»), mais aussi la liberté donnée par la simplification de la formule et l’absence de règles. Les matchs se jouent à trois contre trois, en trois rounds, pas d’arbitre, pas de catégorie, pas de pénalité, avec un claviériste qui s’en mêle quand il en a envie. Un ajout: le cypher, une idée tirée de la culture rap, alors que des membres du public (souvent issus de ligues d’impro locales, qui rentrent d’ailleurs gratos) se massent sur la scène autour des joueurs.

«Avec le public directement dans ta face, tu peux jouer plus subtilement ou plus gros, tu peux niaiser avec lui», explique la comédienne Eve Landry (qui a marqué les esprits avec sa Jeanne d’Unité 9). «Au Punch Club, je peux explorer d’autres affaires, jouer mon côté salace, alors que je me garde une gêne partout ailleurs. Perso, je sais que je performe 100 fois mieux quand j’ai l’impression qu’on me fait confiance. Le club, c’est notre récréation, notre terrain de jeu. Les gens viennent pour s’en faire mettre plein la gueule, c’est comme entre aller voir un show d’Isabelle Boulay ou des Dead Obies! On est plus rentre-dedans, il n’y a pas de censure. Mon petit côté baveux ressort 1000 fois plus que d’habitude.»

Eve Landry au Punch Club (Crédit: Karl-Alexandre Jahjah)
Eve Landry au Punch Club (Crédit: Karl-Alexandre Jahjah)
(Crédit: Cathy Lessard)
(Crédit: Cathy Lessard)

Alors, deuxième question brûlante: vulgaire, Le Punch Club? «C’est la meilleure impro qui gagne, pas la plus trash! Le joueur qui cabotine le fait en toute connaissance de cause, c’est son choix en tant que créateur, sauf que le public a son mot à dire. Être particulièrement vulgaire n’est pas forcément payant», modère Ogden. La comédienne renchérit: «Le public s’attend à voir de l’impro de qualité. C’est une tape dans le dos. Même si on boit de la bière sur le banc, il faut donner un bon show! » Au Punch Club, il y a autant de «une ligne, un punch» que de joueurs en finesse. «On fait le mixed martial arts de l’impro!» lance Ogden en riant. Pas fou comme comparaison, car ça se ramasse parfois en bobettes sur la scène. Un peu comme dans une arène de UFC, quoi.

21 mai à 21h
Impérial Bell (Québec)

27 mai à 21h
Sala Rossa (Montréal)

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