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Alan Lake : Au sous-sol du cœur
Scène

Alan Lake : Au sous-sol du cœur

Le chorégraphe creuse là où ça fait mal avec son nouveau spectacle in situ, un départ canon pour la saison de danse à Québec.

Reconnu jusque dans la métropole pour son approche pluridisciplinaire alliant la vidéo et les arts plastiques au mouvement, Alan Lake se démarque aussi par la gestuelle intensément athlétique qu’il impose à ses interprètes. Exiger le meilleur des danseurs et repousser les limites de leurs corps est pour lui une marque de respect, un gage de confiance.

Dans ses œuvres, les protagonistes sont équitablement mis en valeur. «Cette fois, c’est trois hommes, une femme. Il y a un rapport différent entre ces êtres, mais de toute façon, pour moi, l’homme et la femme sont égaux. […] Je ne dirais pas que ma danse est féministe, mais elle est certainement égalitaire. Je suis vraiment quelqu’un qui respecte beaucoup les femmes. Elles portent la vie, elles accouchent, et ce, depuis le début du monde. Ce n’est pas un poing levé ou un sujet de ma danse, mais toute femme qui danse avec moi est [dépeinte de façon] forte.» Cette dame, cette fois-ci, c’est la captivante Esther Rousseau-Morin. Une complice de longue date d’Alan que ce dernier admire pour sa virtuosité et son charisme, qualités qu’il perçoit aussi chez David Rancourt (un autre collaborateur régulier), Louis-Elyan Martin et Nicolas Labelle.

Par ailleurs, tous seront amenés à apporter de l’eau au moulin, au-delà de la simple reproduction du geste et des émotions suggérées. Les caveaux est une œuvre aussi sombre qu’introspective qui sera teintée par leurs idées ainsi que leur bagage sentimental.  «On va aller dans les replis de nos peurs, celles des interprètes, pour qu’ils puissent les démanteler. […] Ça leur appartient totalement.»

Plutôt que de dépeindre une tempête métrologique, comme c’était le cas dans Ravages, Lake explore cette fois l’idée du cataclysme intérieur. Les personnages descendront en eux, vers des territoires sombres et froids, émotifs et effrayants.

En terrain inconnu

Le public aura, lui aussi, à sortir de sa zone de confort, en se laissant guider par le personnel de La Rotonde vers un mystérieux endroit désaffecté hors du centre-ville de Québec. Un bus viendra chercher les détenteurs de billets à l’arrière de la Bibliothèque Gabrielle-Roy, devant la future Maison pour la danse, pour les ramener au point ralliement initial à la fin de la soirée. Le trajet sera de 15 minutes, une demi-heure pour l’aller et le retour.

Alan Lake, photo : Catherine Genest
Alan Lake, photo : Catherine Genest

Cette fois, le spectacle ne sera pas précédé par un film, aucun long métrage ne sera présenté dans le premier acte. Alan Lake a choisi de briser le moule et les projections feront plutôt corps avec la chorégraphie dans «un étrange ailleurs» vétuste aménagé spécialement pour l’occasion. L’expérience globale, comme récepteur, en sera forcément bonifiée. «À chaque fin de tournage, j’ai toujours rêvé d’amener les gens dans le lieu source pour qu’ils vivent le processus premier, l’influence première. […] Là, mon souhait se réalise enfin.» Un nouveau cadre onirique, presque cauchemardesque, lui permettra de vivre ses fantasmes scénographiques aux côtés de l’éclairagiste Bruno Matte. «Là, je vais avoir le droit d’exagérer la matière, explique le polyvalent chorégraphe. J’ai voulu reproduire l’expérience de théâtre dans un autre lieu, mais en me détachant du parcours déambulatoire. C’est une œuvre in situ dans un lieu secret, un lieu insolite et intérieur. […] Les spectateurs sont assis et sont partie prenante de ce décor-là.»

Le site se transformera, se magnifiera et se sculptera pour accueillir 100 personnes à chaque représentation et sera, au préalable, investi par toute l’équipe de création pour une résidence de six semaines. Un blitz, un saut sans filet, une course contre la montre pour la distribution de danseurs et le compositeur Antoine Berthiaume qui partagera cette singulière scène avec eux.

Une rencontre entre divers modes d’expressions, du cinéma à la musique en passant par les arts visuels et la danse, le travail d’Alan Lake et la campagne. Son environnement de prédilection. «Je me laisse constamment influencer par cette nature… mais pas par le côté bucolique! C’est davantage les éléments, comment tout se fusionne ensemble, du lichen à la décomposition, de l’éclosion à la sédimentation. La nature est une source d’inspiration première pour moi.»

Du 11 au 15 octobre
Départ de la Maison pour la danse à 19h
Une coproduction et coprésentation de La Rotonde