Danse Léo Chante
Scène

Danse Léo Chante

Directeur artistique du spectacle et homme de danse accompli, Pierre-Paul Savoie réunit une équipe de rêve autour de l’œuvre de Léo Ferré pour souligner son 100e anniversaire de naissance.

Corps Amour Anarchie – Léo Ferré est une production ambitieuse, une pièce multidisciplinaire pour cinq musiciens, quatre chanteurs, six danseurs et cinq chorégraphes. Des artistes qui, pour la plupart, avaient ajouté leur grain de sel au «best-seller scénique» Danse Lhasa Danse en 2011. Pierre-Paul Savoie en reprend la structure et les paramètres et s’associe une fois de plus avec le festival montréalais Coup de cœur francophone, qui célèbre par ailleurs son 30e anniversaire. «Je revisite le corpus d’un musicien, c’est l’élément commun entre les deux projets. Pour ce qui est de l’essence artistique, [l’œuvre de] Lhasa était celle d’une migrante parce qu’elle était mexicaine, américaine et québécoise. Avec ce spectacle-ci, je revisite le travail d’un grand poète. […] Lui, il prenait la poésie et la mettait en musique. Moi, je prends ses mots et je les mets en gestes.» Corps Amour Anarchie, c’est une autre main tendue vers les mélomanes néophytes, un exercice de développement de public en proie à un (autre) succès considérable.

Crédit photo : Pierre Roussel
Crédit photo : Pierre Roussel

Hélène Blackburn, Emmanuel Jouthe, Anne Plamondon et David Rancourt signent, eux aussi, quelques mises en mouvement des textes, des partitions musicales de Léo Ferré. Une distribution éclectique à laquelle Savoie n’a pas imposé une gestuelle uniforme, une ligne directrice stricte. Il choisit plutôt de célébrer leurs différences. «Comme on avait l’occasion de rencontrer un public plus vaste qu’habituellement en danse, je crois qu’il fallait s’efforcer de ne pas le présenter comme quelque chose de monochrome. C’est autant d’auteurs qu’en littérature. On n’a pas tous le même langage, on a tous une signature qui nous est propre. […] Pour moi, c’était important de présenter cette diversité de pratiques qui sont, quand même, toutes de très haut niveau.» La mise en scène, le mélange aléatoire des numéros dansés, a même été pensée pour maximiser les contrastes, passer d’un style à un autre sans complexe, avec rythme.

Résolument libres, ses quatre collègues avaient également la latitude de choisir les chansons du magicien de la strophe centenaire, celles qui les interpellaient instinctivement. Des paroles fortes, puissantes, tout sauf gnangnan, qui laissent une belle place à l’interprétation. «La poésie est ouverte, il y a de l’espace pour la danse. Moi, je travaille [entre autres] sur Les poètes. Je suis parti d’un mot que je m’étais choisi: calligraphie. J’ai calligraphié des phrases chorégraphiques en me servant de l’écriture. Mon langage est presque abstrait, il n’a pas vraiment rapport avec ce qui est dit. […] J’ai choisi un angle complémentaire.»

Amour Anarchie, l’album double de 1970, annonce les thèmes de ce spectacle forcément riche en duos sulfureux. Une œuvre collective que son idéateur, Pierre-Paul Savoie, porte à bout de bras avec la passion de l’artisan. Un petit miracle enveloppé dans une scénographie minimale, question de mettre l’accent sur la danse, la musique, le chant et, forcément, d’offrir des cachets décents. (C.G.)

Répertoire mordant

Côté musique, le codirecteur musical et interprète de Corps Amour Anarchie – Léo Ferré, Philippe B, nous informe que Philippe Brault et lui ne font pas d’énormes transformations dans la structure ou dans le tempo des chansons de Ferré, mais ils les réarrangent avec une instrumentation fort différente. Philippe B, qui est aussi interprète dans ce concert, explique que ses acolytes Michel Faubert, Bïa et Alexandre Désilets apportent tous leurs couleurs aux chansons, qui elles, sont assez variées dans ce vaste répertoire.

«Ça va des grands classiques, les chansons plus connues de Léo Ferré (Avec le temps, C’est extra), en passant par Les corbeaux et d’autres réinterprétations des grands poètes jusqu’à des chansons moins connues comme Pacific Blues, que j’interprète moi-même et dont j’admire la mélodie.»

Crédit photo : Cindy Boyce
Crédit photo : Cindy Boyce

Ce projet ambitieux autour de Ferré n’est pas sans rappeler Merci Serge Reggiani, album-hommage d’Isabelle Boulay que Philippe B avait réalisé en 2014. Celui-ci voit bien les parallèles entre ces deux projets et plonge donc dans ce nouveau défi avec grand plaisir. «C’est un bonheur de baigner dans cette plume-là et dans des chansons pour lesquelles a priori on se dit: c’est pas mal. Notre appréciation grandit à mesure qu’on apprivoise le matériel, qu’on décortique le texte. Les chansons de Ferré sont audacieuses sur les plans de la forme et de la modernité. Pour moi, c’est très facile de baigner là-dedans et de me nourrir de ça.»

«Ce qui est intéressant, c’est que parce qu’il a une personnalité très forte et que c’est parfois un peu fucké, abstrait et intense émotivement, poursuit-il, il est capable de parler de grands thèmes comme l’amour ou la rupture sans être dosé ni kétaine. C’est jamais à l’eau de rose, mais edgy, agressif, punché, mordant.»

Et si l’on se fie à la longue vie de Danse Lhasa Danse, présenté entre 2011 et 2015, on peut souhaiter aux artisans de Corps Amour Anarchie un tout aussi beau succès.

À voir à Québec et Montréal, puis à suivre pour la suite des choses! (V.T.)

Les pièces favorites des artisans du spectacle

Anne Plamondon, chorégraphe

Mon coup de cœur dans les chansons de Léo Ferré est Avec le temps. Cette chanson est universelle et vraie. Le temps semble changer les choses autour de nous; et pire encore, il nous change, nous. Ce qu’on ressent aujourd’hui envers une personne, notre travail ou notre vie en général risque de changer dans les prochaines années, simplement parce que nous sommes toujours en transformation. Et c’est très bien! Le changement est nécessaire afin de garder la flamme en nous. Et ce que cette chanson dit, c’est que les transformations dans les profondeurs de notre être, celles qui comprennent l’amour et la passion, sont normales et probablement nécessaires. Notre peur de l’inconnu nous fait parfois résister à ces changements, mais si on acceptait simplement les cycles de la vie, on découvrirait peut-être d’autres passions insoupçonnées! Contrairement à son répertoire bouillonnant d’intensité et parfois de colère ou de révolte, Avec le temps est une chanson plutôt douce, comme s’il s’était résolu à une certaine réalité dont il n’avait pas le contrôle. Le cœur quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien.

Roxanne Duchesne-Roy, danseuse

J’ai découvert la chanson La lune lorsque nous étions en résidence à la Place des Arts en août. Dès que j’ai entendu les premières notes et les premières paroles, j’ai tout de suite senti que cette chanson allait désormais faire partie de ma vie et que j’aurai à la réécouter souvent. J’étais émue, secouée, et je suis restée marquée par cet amalgame de beauté, de nostalgie, d’images fortes, de sensibilité, de poésie…

8 novembre à la Salle Edwin-Bélanger (Montmagny)

11 et 12 novembre à la Cinquième Salle de la Place des Arts (Montréal)

6 et 7 décembre au Grand Théâtre de Québec