Virginie Brunelle : Portrait de famille
Scène

Virginie Brunelle : Portrait de famille

Virginie Brunelle est une grande nostalgique. Un jour ou l’autre, il fallait bien que «ça sorte». Pour sa nouvelle création, À la douleur que j’ai, la chorégraphe a choisi de s’attaquer à une thématique quelque peu différente, avec six interprètes et de la musique baroque. 

C’est tout en nuances que Virginie Brunelle décrit les grandes lignes du processus en studio qu’elle vient à peine de quitter. Cette pièce sera certainement plus posée, plus mature puisqu’elle l’aborde avec davantage d’assurance et de concision. Le thème en témoigne: on s’éloigne de la peine amoureuse, on s’intéresse aux relations humaines et intergénérationnelles. On retrouvera sa signature dans la musicalité de ses gestes, la fougue de son vocabulaire et les qualités cinématographiques de ses tableaux. «Je me suis moins perdue dans la création des mouvements. J’ai choisi d’investir des images dès le début et j’ai pris plus de temps à approfondir leur sens, à les peaufiner et à les épurer pour arriver à quelque chose de plus brut et essentiel.»

Crédit photo : Robin Pineda Gould
Crédit photo : Robin Pineda Gould

Après Plomb (2013), qu’elle avoue avoir cachée délibérément bien qu’elle lui ait permis de récolter ses meilleures critiques montréalaises, la chorégraphe termine sa nouvelle création avec un sentiment de travail accompli, malgré la nervosité présente à quelques jours d’une première. Selon elle, les tableaux sont moins hermétiques et s’enchaînent avec plus de fluidité que dans sa dernière pièce. «La théâtralité est plus intégrée dans les images et dans le mouvement; dans le propos de façon générale.»

C’est à travers la mémoire que la pièce prend racine, en illustrant le lien qui ne se rompt jamais avec une personne, ce sentiment d’acte inachevé qu’on idéalise: «Même s’il y a un éloignement, une disparition, il y a quelque chose qui reste, qui teinte la suite de notre vie. Il y a cette impression de la perte, de l’absence de l’autre qui, je pense, est tangible à travers les tableaux.»

Crédit photo : Robin Pineda Gould
Crédit photo : Robin Pineda Gould

Une thématique à la fois douloureuse et lumineuse dont la gestuelle est le véhicule: «Je travaille à rendre le mouvement plein de sens, intelligible, dans le but de toucher le spectateur.» Une sensibilité qui se transmet entre autres par la musique, point de départ de sa recherche chorégraphique. «Elle fait partie de ma démarche et je l’assume. À la limite, ça pourrait être perçu comme une faute. Évidemment, en silence, les tableaux portent ce que je veux dire, mais la musique ajoute une couche supplémentaire de couleurs qui devient essentielle.»

Ses 10 années de violon ont certainement contribué à forger sa démarche, autant sur l’émotivité de son vocabulaire que sur la précision de sa préparation à la création. Elle ne s’appuie pas sur l’improvisation, comme la majorité des chorégraphes contemporains. La recherche du mouvement se fait plutôt en solo et de manière cérébrale. Cette cinquième œuvre lui aura permis de «lâcher prise» en donnant plus d’espace à la création en studio.

Crédit photo : Mathieu-Doyon
Crédit photo : Mathieu-Doyon

Fan du partenariat et de la rencontre, Virginie Brunelle a joué différentes cartes en choisissant de travailler pour la première fois avec un nombre inégal de danseurs masculins et féminins. Elle accueille d’ailleurs de nouveaux interprètes. Claudine Hébert, Isabelle Arcand et Sophie Breton, pour qui la gestuelle de la chorégraphe est devenue une seconde nature, sont toujours de la partie. À cette distribution s’ajoute Peter Trosztmer, Chi Long et Milan Panet-Gigon. Un changement qui a permis à la créatrice de se déstabiliser, malgré le déchirement qui accompagne l’abandon des interprètes qui lui ont été fidèles. «Je souhaitais travailler avec des corps et des générations différentes, ce qui n’a pas été facile. Je voulais magnifier l’individualité des danseurs tout en recherchant une cohésion entre eux. Cela m’a obligée à trouver une façon d’adapter ma signature à leur personnalité.»

Les duos restent très présents, mais sont mis en contexte grâce aux images de groupes qui subsistent tout au long de la pièce: « Il y a toujours ce regard témoin qui vient ponctuer les tableaux – un peu comme le portrait de famille accroché au mur.» Telle une vision mélancolique et poétique d’un souvenir, les interprètes oscilleront entre des dynamiques «fulgurantes» et immobiles, comme si les images s’arrêtaient pour qu’on puisse, un instant, «observer le passé».

À la douleur que j’ai
Usine C (en coprésentation avec l’Agora de la danse)
du 23 au 26 novembre 2016

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