Mani Soleymanlou : «Brouiller la ligne entre l'artiste et le citoyen»
Scène

Mani Soleymanlou : «Brouiller la ligne entre l’artiste et le citoyen»

Le comédien présentera dès le 10 janvier à la Place des Arts – 8 -, dont il a assuré l’écriture et la mise en scène. Si cette pièce marque la fin de sa deuxième trilogie théâtrale, Mani ne s’arrête pas pour autant dans les projets… 

VOIR: Vous jouez accompagné d’une superbe distribution, qui était déjà dans les pièces Ils étaient quatre et Cinq à sept. Ça ne devient pas lassant au bout d’un moment, de travailler avec la même équipe?

Mani Soleymanlou: Au contraire, je trouve ça extraordinaire. On n’a pas besoin de se dire beaucoup de choses pour se comprendre. Comme on est des amis, il y a un imaginaire collectif qui s’est créé, et ça facilite la communication… Éric (Bruneau), Guillaume (Cyr), Jean-Moïse(Martin) et Geneviève (Schmidt), on était ensemble à l’École de théâtre, et colocataires pour certains. On se connaît très bien. D’ailleurs, la trop grande proximité entre nous peut parfois rendre les choses difficiles ou sensibles… Et pour les concepteurs, la même équipe aussi, ils ont trois fois plus d’expérience que moi alors je trouve plutôt rassurant de travailler avec eux!

En quoi 8 est-elle la continuité des deux pièces précédentes?

En fait, on n’est plus vraiment dans le même thème. Je me voyais mal aborder encore la problématique homme-femme, la question de la sexualité, du corps, etc. On a fait le tour je crois. Je voulais aussi sortir du «je-me-moi» et aller plus loin. On essaie de se brusquer, d’aller vers le changement… On a gardé le même vocabulaire scénique que les pièces précédentes, mais ça va être très performatif et frontal; disons que ça va reprendre le fond de la première trilogie (Un, Deux et Trois)et la forme de la deuxième. On fait des aller-retours entre plusieurs temporalités. Je ne sais pas si tout ça est très clair… On veut aussi volontairement garder un flou!

Mais il y a toujours cette mise en abime du travail de l’acteur…

Oui, mes pièces sont un questionnement perpétuel sur le spectacle. J’aime étudier le travail de l’acteur, brouiller la ligne entre l’artiste et le citoyen. Le texte est donc écrit à base de verbatim de résidence de création collective. C’est vraiment un travail collectif, plus que d’habitude, et je veux vraiment le souligner. 8 est un projet impliquant, engagé et engageant pour chacun des interprètes.

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Vous créez à travers des cycles de production théâtrale. C’est votre mode d’écriture?

Ça me permet de réfléchir à un sujet sur plusieurs années. C’est comme un même projet divisé en trois – ou en six même. Finalement, c’est un genre d’«hexalogie». D’ailleurs, si on couche le 8, ça fait une boucle qui n’a jamais de fin; il n’y a pas de linéarité dans ces spectacles. C’est ma huitième création en cinq ans, et ma théâtralité se développe au fil de ça, elle est en train de se forger, avec mon ton propre, mon écriture… Ce que je fais, c’est une écriture de plateau, c’est pas comme si je montais un Molière.

Et pendant ce temps, vous préparez une série de représentations de la pièce Trois en France…

Oui, on commence les spectacles dans la région parisienne fin mars. Le texte a été complètement retravaillé pour être adapté aux comédiens, mais surtout au contexte français, notamment politique. Il y avait de quoi faire; ce contexte est presque trop riche… Parmi les comédiens, il y a 6 Québécois de la distribution originale, et 34 Français ont été rajoutés. Il y en a certains que je connaissais déjà, d’autres qui m’ont été présentés. Et oui ça fonctionne bien! Avec cette thématique de l’autre et du vivre-ensemble, le travail collectif n’avait pas le choix que de bien marcher. Ça fait une année chargée, mais j’en suis ravi. J’ai vraiment de la chance de jouer beaucoup et de pouvoir vivre de ça…

– 8 –
texte et mise en scène de Mani Soleymanlou
du 10 au 28 janvier à la Cinquième salle de la Place des Arts