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Scène

Le Jeu : C’est arrivé à l’ami d’un ami

Pascale Renaud-Hébert nous amène à OKA, mais sans référence à sa crise et son fromage, dans une nouvelle pièce qui flirte avec l’épouvante.

La pétillante écrivaine dévoile une facette sombre de son esprit tendre et fleuri avec Le Jeu, sa troisième production en autant d’années, sa seconde création à être portée sur les planches – l’autre étant son Conte à passer le temps à la Maison Chevalier – depuis sa nonimation sur la liste des « 10 jeunes auteurs à surveiller »  de l’animatrice radio Marie-Louise Arsenault. Sensible et rigolote à la fois, la plume de Pascale Renaud-Hébert a vite fait de charmer ses pairs, d’ex-enseignants devenus mentors, moins de trois ans après sa sortie du Conservatoire. L’animatrice de Plus on est de fous, plus on lit n’est pas seule : elle succède en fait à Jean-Philippe Joubert (metteur en scène de Julie – Tragédie canine) et à Marc Gourdeau, directeur général de Premier Acte, qui renouvelle sa confiance d’une saison à l’autre.

Ambition pure et douceur teintent chacun des mots de notre entrevue téléphonique avec elle comme si, dans un mélange de prudence et de modestie, la dramaturge et comédienne se pinçait toujours un peu, constamment. Rigoureuse, elle conjugue le verbe apprendre à tous les temps et parle du Jeu comme d’un spectacle qui l’aura amenée à sortir de ses pantoufles encore neuves. « On est partis de rien. On a fait des labos et de l’impro, on est allés chercher Marie-Josée Bastien et Olivier Normand qui nous ont guidés à travers ça.  C’était un processus de création beaucoup plus risqué et moins traditionnel.» Les noms d’Harold Rhéaume (Le fils d’Adrien danse) et Maxime Robin (La Vierge folle) s’inscrivent aussi au générique, poids lourds d’une scène qu’ils contribuent à façonner chacun de leur bord et à leur image, conférant à Québec cette richesse artistique toute spéciale, inouïe même, pour une ville de taille relativement modeste.

Pascale Renaud-Hébert (Archives)
Pascale Renaud-Hébert (Archives)

Chacun d’eux, ça n’a rien de banal, reconnait le potentiel de leur cadette et la pousse vers les feux de la rampe. De précieux appuis qui laissent présager une carrière des plus enviables.

Sauf une fois au chalet

La prémisse est pareille à celle d’un film d’horreur sur trois. Tout commence au fond d’une forêt, dans une cabane qui accueille des amoureux (Samuel Corbeil et Sarah Villeneuve-Desjardins) en proie à une descente aux enfers dans ce lieu qui, au départ, leur semblait idyllique. Le Jeu, c’est d’abord un huis clos. C’est une pièce sur l’isolement et sa peur intrinsèque. « Ça nous prend dans le ventre. Soudainement, on devient à la merci d’éléments qu’on ne contrôle pas. Il n’y a pas de porte de sortie. Si quelqu’un rôde autour du chalet dans lequel je suis, quand bien même que je sortirais, qu’est-ce que je vais faire? Courir dans le bois? »

Le texte recèle des anecdotes improbables et effrayantes comme celle du coyote tueur, des légendes urbaines et d’autres mésaventures « tirées de faits vécus », l’archétype des histoires qu’on se raconte autour d’un feu entre amis par un frais soir d’été.

On est tous des comédiens

Le jeu de rôle des deux protagonistes principaux est annoncé d’emblée par le synopsis du programme et, forcément, le titre. Le Jeu, c’est aussi une mise en abîme, c’est « des acteurs jouent des personnages qui jouent à être des personnages » pour reprendre les mots de Pascale Renaud-Hébert. « C’est comme s’ils avaient l’impression d’être face à quelqu’un qu’ils ne connaissent pas. Même nous dans la vie, on n’est pas pareils avec tout le monde. Inconsciemment, on joue des rôles. »

Samuel Corbeil (à droite) complète la distribution (Crédit: Marilyn Laflamme)
Samuel Corbeil (à droite) complète la distribution (Crédit: Marilyn Laflamme)

Le spectacle aborde aussi le rôle de la femme, une déclinaison engagée du mot qui leur sert de thème. Ce deuxième sexe programmé pour se méfier de l’autre, rester craintif face à l’autre. « On a une réflexion sur la construction des genres, les rôles que les hommes et les femmes doivent respectivement jouer. Pourquoi nous, comme femmes, on a peur. On a vraiment une conception différente de la vie par rapport à la peur et au danger. Une fille qui marche seule dans la rue à 2h du matin, c’est une proie. Un gars qui marche seul dans la rue à 2h du matin, c’est un prédateur. Ce n’est pas nécessairement ce qu’ils sont, mais c’est l’impression qu’on a. Ça, c’est devenu super important dans notre trame narrative. »

Des paradigmes sociaux incrustés dans l’inconscient collectif, des rôles qu’on joue sans en apprendre les répliques, sans même avoir une base en théâtre.

Le Jeu
Du 17 janvier au 4 février
À Premier Acte

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