Assoiffés : une déroutante quête de sens
Scène

Assoiffés : une déroutante quête de sens

La pièce de Wajdi Mouawad revient sur les planches douze ans après sa création, cette fois au Théâtre Denise-Pelletier. Elle nous plonge dans des thèmes chers à l’auteur, l’adolescence et la recherche d’appartenance…

Pourquoi tu te lèves le matin? C’est en partant de cette question obsédante que Benoît Vermeulen, qui signe la mise en scène de la pièce, commence en 2005 à travailler sur Assoiffés avec Wajdi Mouawad. En six ans, le spectacle est joué près de 250 fois au Canada et en Europe, confirmant la carrière de Mouawad, un immigré originaire du Liban qui a su faire sortir le théâtre québécois du Québec.

Cet assoiffé, c’est Murdoch, un jeune ado obsédé par la recherche de sens dans son existence. «Comment ça se fait que plus je grandis, moins j’ai l’impression d’être vivant?» Il est en quête d’absolu, remet en question la société de consommation, réfléchit à la beauté… Des questionnements existentiels éternels, rendus exubérants dans la bouche de cet adolescent un peu inspiré du héros de L’Attrape-cœurs de Salinger.

Un matin, Murdoch commence à parler et ne peut plus s’arrêter. Il crie ses questions et sa révolte à ses parents, aux passagers dans le bus, à ses professeurs… Un mur d’adultes incapables de lui répondre, dont les paroles ne sont que des bruits semblables et informes. Des générations qui ne parlent pas le même langage. Les situations prêtent parfois à rire, face à la candeur et la naïveté du jeune homme qui se met à dire tout ce qu’il pense. Il attend un signe, une réponse…

«J’aime cette facette de l’adolescence depuis toujours, écrit Benoît Vermeulen. Celle qui est investie d’une recherche d’absolu, de rage, d’une incapacité à se contenter de ce qui est. J’aime sa lumière. Elle m’éclaire, me force à ne pas tiédir en vieillissant, à ne pas accepter ce qui est inacceptable dans notre organisation sociétale. » Et puis il y a la jeune Norvège,  qui découvre qu’avec l’âge la beauté se ronge de l’intérieur, au figuré comme au propre. Alors elle refuse de se résoudre à ce monde et refuse de sortir de sa chambre pour ne pas voir la laideur.

Enfin, il y a Boon, le timide qui fait les devoirs de son grand frère fugueur. Lui, sa quête, c’est de devenir un jour un grand auteur. Alors il écrit des métaphores poétiques… Plus tard, devenu anthropologue judiciaire, il travaille sur le cas d’un couple de cadavres. Ils étaient enlacés depuis quinze ans au fond du fleuve, couple du passé retrouvé et éternel qui évoque de loin La Nuit des Temps de Barjavel. Et c’est là que commence la pièce, le récit de cette intrigue entre deux espace-temps.

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Assoiffés, c’est la fiction qui croise le réel, c’est un mélange déroutant entre un langage québécois très oral, souvent vulgaire, celui de Murdoch, une mise en scène moderne, de l’humour distillé dans les situations et les répliques, avec des questionnements universels, des métaphores poétiques et un imaginaire onirique. C’est aujourd’hui et c’est depuis toujours, c’est moderne et c’est vieux, c’est drôle et c’est diablement triste.

Le jeune Philippe Thibault-Denis, qui campe Murdoch, est très énergique et physique, rappelant la fougue de son Roméo de l’été dernier sur la scène du TNM. Il hurle, s’énerve, court et donne du souffle à cet adolescent démissionnaire. Malgré la belle performance, c’est Francis La Haye (Boon) qui vole la vedette, avec son jeu drôle et touchant qui captive, dans un calme flegmatique qui contrebalance les cris de son comparse.

À côté des deux comédiens, Rachel Graton est un peu éclipsée avec la petite partition de Norvège, même si elle sait donner de la présence à son personnage d’un simple et léger mouvement. Sa gestuelle étrange, comme une déambulation dansée, et son visage toujours masqué ajoutent un côté magique, énigmatique mais aussi comique à l’ambiance générale.

La scénographie, plutôt épurée, mêle crânes humains et branches de bois mort, instruments de musique et stand de DJ où Murdoch joue parfois un fond musical… Un grand écran où sont projetées des vidéos figure tantôt la porte mystérieuse menant à la chambre de Norvège, tantôt l’arrêt de bus où (s’im)patiente Murdoch. Moderne et cryptique, déroutant toujours. Depuis 2006, la scénographie n’a pas vieilli – car elle n’a pas d’âge.

Pourquoi tu te lèves le matin? Murdoch est sans réponse et à bout de sa logorrhée, de son questionnement-fleuve. «Je sais pas je sais pas je sais pas je sais pas…» À trop vouloir se plonger dans l’absolu, les assoiffés se noient parfois.

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Assoiffés
de Wajdi Mouawad et Benoît Vermeulen
Mise en scène de Benoît Vermeulen
Jusqu’au 25 février au Théâtre Denise Pelletier

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