L'Agora de la danse et Tangente s'installent dans l'Édifice Wilder
Scène

L’Agora de la danse et Tangente s’installent dans l’Édifice Wilder

Les deux diffuseurs soulignent leur arrivée au sein de ce nouveau point névralgique de la danse à Montréal avec deux créations des chorégraphes Mélanie Demers et Jacques Poulin-Denis. Regard sur ses possibilités et célébrations.

La cuisine de Wilder

Comme tout bon rassemblement, c’est dans la cuisine que ça se passe. Lorsqu’on pense aux atouts de cet espace, on pense aux trois nouvelles salles de spectacles qui comportent chacune des ambiances et un design différents, à leur plancher de danse de haute qualité et à la possibilité de travailler en géométrie variable. Mais étonnamment, c’est la cuisine qui semble particulièrement enthousiasmer les diffuseurs qui partagent les locaux. Avec son esprit d’entremetteuse bienveillante, Francine Bernier, directrice générale et artistique de l’Agora, «espère que le point de rencontre va être la cuisine et qu’il va en sortir quelque chose. Parce qu’un artiste qui est en train de travailler dans la petite salle au sous-sol va peut-être en rencontrer un qui travaille au premier ou un autre qui est en répétition.»

On comprend donc l’engouement. La cuisine aura une mission importante dans cet espace, soit celle de favoriser un rapprochement entre les artistes, souligne Stéphane Labbé, directeur général de Tangente: «Mon rêve, c’est de permettre des échanges, la communication, la relation entre différents artistes. C’est ça qui, pour moi, va être merveilleux dans ce projet-là. Il faut briser l’isolement et faire en sorte que les artistes puissent avoir un lieu de rencontre.»

Isabelle Boulanger, jeune chorégraphe à la tête de la compagnie La Grande Fente, sera la première à bénéficier d’une résidence à Tangente dès l’automne 2017, et ce, pour une période de deux ans. Le Wilder, situé sur la rue Bleury, en plein coeurde la Place des festivals, permettra également au diffuseur de lancer le programme Les habitations, où des artistes se regrouperont pendant une semaine, sans aucune pression de production.

Offrir des résidences était auparavant impossible pour Tangente, et si l’Agora le faisait, il ne pouvait accueillir plusieurs artistes à la fois. Alors que Tangente sert de tremplin pour la relève contemporaine, l’Agora présente des artistes plus établis. Pour les deux institutions, le nouvel espace permettra de mieux suivre le processus artistique des créateurs et de leur donner la possibilité de faire éclater les formats traditionnels. «Ça va ouvrir un chemin différent et nous permettre de mieux suivre l’évolution d’un travail. J’espère que ça va permettre de voir émerger un travail créatif complètement différent de ce qu’on est habitué de voir, que ça va exploser dans la recherche», explique Francine Bernier.

C’est (presque) l’heure de célébrer

Stéphane Labbé pèse ses mots pour ne pas dévoiler la surprise. Le premier spectacle que présente le diffuseur de danse contemporaine en tant que nouvel occupant de l’Édifice et à l’occasion du 375e anniversaire de Montréal aura lieu à l’extérieur de son enceinte, à la station de métro Place-des-Arts, le 21 février. La pièce Waltz, une création du chorégraphe et artiste multidisciplinaire Jacques Poulin-Denis fait parti du projet Possibles, présenté par l’organisme La Serre – Arts vivants (dirigé par les directeurs artistiques du OFFTA, Jasmine Catudal et Vincent de Repentigny). Le diffuseur est heureux de pouvoir renouer avec les deux directeurs artistiques, une relation qui avait été «mise sur la glace» puisque Tangente a été nomade pendant cinq ans. «Je crois beaucoup à la collaboration entre organismes culturels, entre compagnies et entre artistes.»

Stéphane Labbé, photo : Svetla Atanasova
Stéphane Labbé, photo : Svetla Atanasova

Collaboration est un mot qui revient continuellement dans le discours de Stéphane Labbé et de Francine Bernier de l’Agora de la danse. Cette dernière a choisi de présenter l’exposition Danse dans la neige, qui porte sur une des premières pièces en danse contemporaine à Montréal, signée par Françoise Sullivan. Pour la directrice artistique et générale, la «création d’aujourd’hui est importante, mais il faut se rappeler d’où on vient». Afin de définir un premier pas vers l’avenir, elle a fait appel à la chorégraphe Mélanie Demers pour ouvrir la première saison dans l’espace. «Mélanie représente bien le Québec d’aujourd’hui; elle est Haïtienne de mère québécoise blanche. Elle représente bien Montréal et questionne la société.»

Animal triste

La chorégraphe a d’ailleurs fait ses études à l’École de danse contemporaine – qui occupe déjà les locaux du Wilder – avant de travailler comme interprète pour la compagnie O Vertigo. Puis, elle s’est dirigée vers la création avec une signature forte et engagée. Ses dernières pièces en témoignent, des coups de poing que le public prenait de front et ressentait jusqu’aux tripes. Des pièces où la théâtralité tenait une place importante, et que Mélanie Demers a choisi de délaisser pour cette nouvelle œuvre.

«J’ai voulu revenir à la base par l’écriture chorégraphique, graphique et très physique pour aller à l’essence de ce qui fait mouvoir les humains et les fait avancer dans la vie.» La condition humaine, l’évolution, la transformation, la passation et l’héritage sont au cœur de cette nouvelle création. «Il y a quelque chose de très charnel, beaucoup moins militant et politisé. S’il y a quelque chose qui est politique, c’est peut-être dans le vivre-ensemble qui est tellement crucial. J’interroge un peu les destins individuels versus la dépendance collective.»

Mélanie Demers a choisi une distribution hétérogène, tel un «microcosme de sa société idéale». «La beauté dans ce casting-là, c’est qu’il y a un danseur dans la vingtaine, la trentaine, la quarantaine et la cinquantaine. À plusieurs niveaux, il y a des expériences différentes, des énergies différentes, des histoires différentes.»

La pièce s’illustre en quatre chapitres et repose en grande partie sur la capacité des interprètes Marc Boivin, Francis Ducharme, Chi Long et Riley Sims à tisser des liens entre eux. «Ils portent la pièce sur leurs épaules, comme si je m’étais effacée derrière les danseurs. Comme si la chorégraphie n’existait pas. Comme si eux étaient en train d’écrire spontanément la pièce à travers des stratégies de mise en scène. Comme si je donnais le relais. Comme si mon ego d’artiste s’était presque effacé derrière le leur.»

Animal triste / Mélanie Demers
22 au 24 février – 19h
25 février – 16 h

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