Philippe Ducros : Frères d'armes
Scène

Philippe Ducros : Frères d’armes

Philippe Ducros travaille depuis toujours sur une dramaturgie de l’autre. Auteur et metteur en scène autodidacte, ses voyages de par le monde ont formé son regard sur l’acte théâtral. Cette fois, en s’alliant de la langue du dramaturge fransaskois Gilles Poulin-Denis, l’autre pourrait bien être dans notre cour, partageant le même sang que nous.

C’est à l’invitation de la compagnie de théâtre le Cercle Molière de Winnipeg que Ducros et Poulin-Denis se sont mis à plancher sur ce projet. Bien que les producteurs aient depuis changé, la rencontre artistique entre les deux hommes semblait inévitable. Le travail de l’écrivain avec sa pièce Dehors a rapidement allumé le metteur en scène. La pièce traite d’un correspondant de guerre qui, après 10 ans d’exil, sera ramené chez lui par la mort de son père et sera confronté à un frère ne désirant pas laisser le dehors entrer chez lui.

«J’ai toujours travaillé sur une dramaturgie de l’autre, et dans cette pièce-là, l’autre, on le retrouve à plein de niveaux. D’abord, une rencontre avec le fait français à l’extérieur du Québec, qui est une rencontre qui m’intéresse. Il y a aussi toute cette réflexion sur le dehors qui, en ce moment, je trouve, est cruciale au Québec. Toutes les dérapes qu’il y a eues avec les accommodements raisonnables, avec la charte des valeurs, la charte de la laïcité… tout ça, pour moi, c’est un Québec qui tente de se positionner.»

Il s’agit pour Ducros d’un texte habile et d’une grande force poétique qui parvient à cerner des enjeux contemporains au détour d’une histoire de famille. «Il y a des pressions qui viennent de l’extérieur, c’est rendu indéniable. Au-delà de la question des réfugiés ou de l’immigration, c’est aussi des pressions à cause d’un certain populisme qui amène un retour à des idées plus à droite, une libération du discours de la haine, ce qui fait que toute opinion a sa valeur. L’étrange et le non compris deviennent cibles et cette pièce-là réfléchit à ça.»

Crédit : A. Bordeleau
Crédit : A. Bordeleau

Il y a dans la langue de Gilles Poulin-Denis une couleur unique, un français qui se célèbre hors les murs, d’une certaine façon, et pour lui faire honneur, la distribution s’est un peu faite d’elle-même. «La langue de Gilles Poulin-Denis a dicté plusieurs choix de ma mise en scène. Ç’a dicté le fait que Jean-Marc Dalpé soit là, que Robin-Joël Cool soit là, que Marie-Ève Fontaine soit là. La langue est magnifique, d’abord par la manière dont il s’approprie cette parlure liée au territoire, qui est relié à un fait francophone minoritaire; c’est riche de poésie. Au même moment, ça se marie bien avec mon travail et mes réflexions sur l’autre, cette idée de sortir le Québec de ses cuisines et d’aller ailleurs.»

Si la pièce semble d’abord s’installer dans un choc fraternel et autour d’un dilemme quasi cornélien, le metteur en scène souligne aussi l’intelligence avec laquelle Poulin-Denis aborde une sorte d’atavisme quant aux stigmates familiaux. «Ce qui est intéressant dans le texte de Gilles, c’est que ce n’est pas juste un conflit entre deux frères. Ce qu’on voit, ce sont des blessures générationnelles qui ont été transmises à la génération suivante et qui vont éclater dans la famille. Ça, je trouve ça intéressant, de savoir qu’on peut léguer à nos enfants des blessures qui peuvent sauter des générations, mais qui vont se réveiller à un moment ou à un autre et qui vont rendre des familles complètement explosives, des situations familiales complètement catastrophiques; je trouve que c’est extrêmement puissant.»

Si Philippe Ducros a l’habitude de mettre en scène ses propres textes, c’est peut-être un frère d’armes qu’il vient de trouver en Gilles Poulin-Denis, pour notre plus grand plaisir.

Dehors
Texte: Gilles Poulin-Denis
Mise en scène: Philippe Ducros
Avec: Robin-Joël Cool, Jean-Marc Dalpé, Marie-Ève Fontaine, Patrick Fontaine, Patrick Hivon, Boris Letarte, Miko Mathieu, Isabelle Roy et Richard Thériault
Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, du 7 au 25 mars 2017
Au Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa, du 29 mars au 1er avril 2017

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