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Scène

L’Avare, en demi-teintes

Le directeur du Théâtre Denise Pelletier propose jusqu’au 8 avril sa version de la célèbre pièce de Molière…

Il y a 25 ans, alors qu’il passait des auditions pour le Conservatoire d’art dramatique, Jean-François Casabonne proposait un des monologues de L’Avare de Molière. Aujourd’hui, il se glisse avec un plaisir apparent dans le rôle du vieil Harpagon, personnage devenu parangon de ce vilain défaut. Le comédien incarne un avare rongé par l’anxiété et la paranoïa quant à son argent, et il en fait presque une maladie : figure hâve et pâle, regard cerné, voix rauque, toux régulière…

Il tonitrue et rage, promenant une ambiance inquiétante sur la scène même lorsqu’il en est absent. Bref, Casabonne propose une interprétation puissante et magistrale qui à elle seule justifie cette pièce. Et puis on peut admirer une Sylvie Drapeau excellente en entremetteuse séductrice, très élégante dans son look années 50 tout en robe fourreau et lunettes fumées, qui ondoie entre les scènes avec une aisance bien visible.

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Le reste de la distribution (Simon Beaulé-Bulman, Samuel Côté, Laetitia Isambert, Jean-Philippe Perras, Bruno Piccolo, François Ruel-Côté, Gabriel Szabo, Cynthia Wu-Maheux), plus jeune, est cependant moins convaincant. Certes, difficile de s’imposer à côté de grosses pointures, surtout quand elles sont servies par des rôles comme celui de Harpagon qui permettent de jouer beaucoup dans l’interprétation…

Mais mélanger plusieurs générations dans ses distributions est une des caractéristiques des pièces de Claude Poissant, directeur artistique du Théâtre Denise Pelletier depuis 2014. Cet Avare est en effet bien dans le style du metteur en scène, par exemple avec ce choix d’un texte classique, qu’il affectionne beaucoup, ou encore avec ces petits passages de chorégraphies dans le spectacle.

Avec l’accent de chez nous

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À ses dix comédiens (qui interprètent une quinzaine de rôles), Claude Poissant a demandé de ne pas chercher à faire l’accent classique habituellement pris pour jouer des classiques français, notamment des Molière. « Chaque interprète conservera son accent ; les mots de Molière appartiennent à nos corps et à nos esprits, et cette langue sera toujours aussi belle, mais plus sincère », explique le metteur en scène.

Une consigne plus ou moins bien suivie chez les comédiens à la diction inégale, mais un parti pris moderne qui accompagne bien le décor épuré (signé de Simon Guilbault) et les costumes d’influence contemporaine (Linda Brunelle). Le Théâtre Denise-Pelletier a déjà accueilli deux Avare par le passé : celui de Gaétan Labrèche en en 1981 (Gaston Lepage en Harpagon), puis en 1995 celui de Luc Durand, où ce dernier jouait aussi le rôle principal.

Dans cette pièce de Poissant, on a bien cru que le dynamisme n’allait pas être de la partie quand le spectacle a commencé sur une scène d’ouverture interminable entre deux amants statiques… Mais le rythme a repris par la suite. Car cette pièce en prose, jouée pour la première fois en 1668, demande une solide interprétation et une mise en scène dynamique pour soutenir ses cinq actes en vieux français.

En attendant, elle reste toujours un plaisir à entendre, au XVIIe siècle comme au XXe ou aujourd’hui. « Que diable, toujours de l’argent ! Il semble qu’ils n’aient autre chose à dire : « De l’argent, de l’argent, de l’argent. » Ah ! ils n’ont que ce mot à la bouche : « De l’argent. » Toujours parler d’argent. Voilà leur épée de chevet, de l’argent. »

L’Avare de Molière
Mise en scène de Claude Poissant
Jusqu’au 8 avril au Théâtre Denise-Pelletier
www.denise-pelletier.qc.ca

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