L'art de la chute : Les requins de l'art
Scène

L’art de la chute : Les requins de l’art

D’un côté, l’effondrement de la banque Lehman Brothers, effet domino d’une crise financière mondiale. De l’autre, un encan record de l’artiste Damien Hirst. Entre les deux, L’art de la chute, exploration théâtrale du capitalisme dans l’art.

C’est un sujet qui paraît aride: parler de la spéculation dans l’art contemporain et de ses effets (parfois pervers) autant économiques qu’artistiques. Pour Jean-Philippe Joubert, qui signe la mise en scène, c’est plus ludique qu’il n’y paraît. «Ce qu’on a voulu faire avec la compagnie de création Nuages en pantalon, c’est partir des dynamiques économiques et les intégrer dans l’intrigue. Le public est amené à comprendre la théorie et peut s’inquiéter pour les personnages. L’économie, ce n’est pas que des chiffres: c’est l’émotion, le stress, la panique. On est très émotifs par rapport à l’argent!» La faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008, qui coïncide avec une vente aux enchères historique de Hirst, devient le tableau de fond de L’art de la chute, un prétexte réel pour explorer la relation conflictuelle entre l’art et l’argent.

Crédit photo : Hélène Bouffard
Jean-Philippe Joubert  / Crédit photo : Hélène Bouffard

«Au début, il y avait le souhait de parler d’économie d’un point de vue un peu général», raconte le metteur en scène. «Je résistais beaucoup à ce qu’on parle précisément de la crise de 2008, mais à un moment donné, ça c’est imposé comme un mythe fondateur de la finance contemporaine. On voulait toucher à un milieu qui est loin de nous et on a choisi la haute finance. Autant dans la bourse que dans l’art contemporain, il y a des dynamiques économiques qui se reproduisent et ça nous a fait réfléchir sur nos propres dynamiques artistiques et économiques.» Comme en bourse, les spéculateurs font grimper la valeur d’un artiste et les collectionneurs espèrent qu’elle ne s’effondre pas, rendant ainsi leur investissement caduc. «Dans la spéculation, on parle de produits financiers, pas d’œuvres! C’est absolument abstrait», souligne Jean-Philippe.

L’art de la chute fait voyager le spectateur un peu partout sur la planète pendant 2h30, entre Londres et New York, une galerie d’art et un Starbucks. On y suit le personnage d’Alice, artiste québécoise établie à Londres qui se retrouve à l’encan de Damien Hirst. Elle y rencontre un trader new-yorkais et une ex-employée de Lehman Brothers nouvellement chômeuse. La relation ne sera pas «sans conséquence» pour les protagonistes, expose Jean-Philippe. «On ne va pas donner tous les punchs tout de suite, ça serait trop plate! Mais oui, y a comme un p’tit thriller, je ne sais pas trop comment dire ça…»

L’action de la pièce se prolonge même dans le foyer du Théâtre Périscope, alors que la Galerie 3 a été invitée à exposer des œuvres d’artistes québécois reconnus à l’échelle canadienne. «On avait envie de travailler avec une galerie privée, parce que c’est quand même de ça qu’on parle dans la pièce. À mon avis, c’est la galerie la plus dynamique actuellement. Norbert [Langlois] a dit oui tout de suite!» se réjouit le metteur en scène.

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Crédit photo : Philippe Jodoin

Ainsi, des œuvres de Mathieu Valade, BGL et Annie Baillargeon seront à admirer (et peut-être même à vendre) dans le hall tout au long des représentations. Ce sera là la crème de la crème du portfolio de la Galerie 3. «On n’a pas lésiné, on a mis ce qu’on avait de mieux! C’était important pour moi de faire écho à la pièce. Remarque, je ne l’ai même pas vue encore!» rigole Norbert Langlois, copropriétaire de la galerie et aussi cofondateur du Cercle des collectionneurs d’art actuel de Québec. «Peut-être que ça critique le milieu de l’art, je ne sais pas, mais je suis prêt à ça. Je fais confiance à Jean-Philippe! J’espère que le spectacle va amener un débat, une réflexion.»

La pièce promet de brasser un peu la cage de la vision romantique de l’art, qui a elle aussi succombé au capitalisme, pour le meilleur comme pour le pire. «Oui, la spéculation, ce n’est pas forcément positif. Moi, je suis plus nuancé: s’il y a moyen de faire de l’argent avec l’art, pourquoi pas? J’ai encore de la difficulté à comprendre pourquoi c’est un sujet si tabou», s’interroge le galeriste et collectionneur de longue date, en toute franchise. «La vision romantique de l’art, c’est ben noble, mais l’artiste doit manger comme tout le monde!» Nul doute qu’un artiste comme Damien Hirst, dont le fameux encan direct dont il est question dans la pièce a rapporté pas moins de 200,7 millions de dollars américains, ne se fait pas que des beurrées de mélasse, spéculation ou pas.

L’art de la chute
Du 11 au 29 septembre
À La Licorne
Horaire des représentations

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