Antigone au printemps : de la fille au mythe
Scène

Antigone au printemps : de la fille au mythe

Le Théâtre Denise-Pelletier présente en avril la première production de la compagnie Le Dôme, qui parle de révolution et revisite le mythe d’Antigone avec quelques libertés…

«J’ai toujours aimé ce personnage-là, il me fascine. Ce qui m’impressionne, c’est la solitude de cette jeune fille: elle se lève pour défendre la liberté toute seule.» L’auteure Nathalie Boisvert avait Antigone en tête depuis quelque temps déjà. Elle travaille sur son texte alors qu’éclate le printemps érable, et elle mêle donc naturellement ce contexte social et politique à sa pièce.

Mais si la pièce s’inspire de l’Antigone de Sophocle et Anouilh, certains personnages sont éliminés, comme la sœur Ismène, par exemple, que Nathalie Boisvert a remplacée par deux frères pour former un trio. «Ce n’est pas tout à fait le mythe d’Antigone, ajoute Léane Labrèche-Dor, choisie pour interpréter le rôle principal. Là, on voit les relations dans la famille, les déchirements; la genèse du mythe en fait.»

L’autre liberté prise par l’auteure, c’est de placer son Antigone dans un Québec contemporain et imaginaire. Un drame écologique place le contexte de la pièce. «Ce drame est inspiré d’un fait divers, indique Nathalie Boisvert. Je m’inspire beaucoup de l’actualité pour écrire…» En 2012, au même moment et à plusieurs endroits dans le monde (entre autres dans le Midwest et en Italie…), des morts massives d’oiseaux ont été enregistrées.

Et les oiseaux sont présages de malheur en tragédie – on en retrouve d’ailleurs un sur l’affiche de la pièce, perché sur la main de Léane Labrèche-Dor. Habituée à rédiger de la poésie, Nathalie Boisvert (notamment lauréate du prix Gratien-Gélinas en 2007 pour Buffet chinois) livre une pièce dans une prose lyrique et assez rythmée, rappelant l’écriture très poétique de l’Antigone originelle.

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Nathalie Boisvert / Crédit photo : Marili Levac

L’histoire, c’est donc celle d’une révolution populaire. Antigone et ses deux frères Étéocle et Polynice (Xavier Huard et Frédéric Millaire-Zouvi) se retrouvent au milieu: Polynice et Antigone soutiennent le peuple, tandis qu’Étéocle prend le parti de leur oncle Créon qui bannit les manifestations pour préserver un semblant de paix sociale. Et l’un des frères meurt lors d’une émeute… Dans cette révolution, Antigone doit tenter d’échapper au pouvoir qui veut la punir, tout en restant droite et juste.

Théâtralisation de la poésie

Il a fallu de nombreuses versions pour arriver au texte final. «Le texte a beaucoup bougé, mais ça nous aidait à mieux comprendre l’univers de Nathalie, raconte Léane Labrèche-Dor. On a fait une première mise en lecture d’Antigone à l’École nationale de théâtre, avec Frédéric Sasseville-Painchaud à la mise en scène. Le choix des acteurs s’est défini à ce moment-là.» En effet, si la période de production a été très longue – un laboratoire autour de la pièce a notamment eu lieu –, l’équipe autour du projet est la même depuis le début. Le travail avec les acteurs a ainsi pu commencer très tôt.

En tout cas, le genre de la tragédie n’a pas effrayé Léane Labrèche-Dor: «J’ai toujours eu la forte impression d’être une grande tragédienne – sur scène comme dans la vie. C’est un style d’histoire et de jeu qui me touche beaucoup. J’ai l’impression que cette pièce va notamment beaucoup parler aux ados. Et quelque part, la tragédie se rapproche de la comédie dans l’ampleur demandée sur scène…»

Derrière cette Antigone au printemps, il y a la jeune compagnie Le Dôme, créée en 2015, qui signe ici sa deuxième production. Nathalie Boisvert a rencontré les deux autres membres fondateurs, Frédéric Sasseville-Painchaud et Olivier Sylvestre, à l’École nationale de théâtre, où elle a enseigné au département d’écriture – elle travaille entre autres sur le processus de création en écriture. «On est de trois générations différentes, c’est intéressant pour travailler. Et on est tous polyvalents aussi, entre l’écriture, la mise en scène, le jeu, souligne l’auteure. Avec Le Dôme, on s’intéresse surtout à la théâtralisation de la poésie; notre désir, c’est de réenchanter le monde.»

Et surtout, de faire des œuvres qui parlent au public d’aujourd’hui, comme cette Antigone qui se demande comment rester intègre dans le monde qui l’entoure. «C’est un personnage très actuel», conclut Nathalie Boisvert, qui décrit ainsi le mythe: «Antigone est intemporelle. Elle est celle qui a levé le poing lors de la crise d’Octobre et du printemps érable, celle qui a dirigé des protestations sur les campus lors du printemps arabe, celle qui manifeste à Washington D.C. contre Donald Trump. Antigone n’a pas d’âge. Elle est la voix de toutes les générations.» Et la révolution est un sujet éternel.

Antigone au printemps
Jusqu’au 22 avril
Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier

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