Scène

Muliats : À table

Plusieurs pièces arrivent en ville ou reprennent du service cet été dans le cadres des festivités du 375e de Montréal. C’est le cas de Muliats, du collectif Menuentakuan, créé l’année dernière au théâtre Denise-Pelletier. Cette pièce tente autant de cerner les enjeux de la rhétorique autochtone que d’ouvrir les valves du dialogue.

La prémisse est des plus simples. Un jeune quitte la réserve de Mashteuiatsh pour s’installer à Montréal. Son départ ne fait pas l’affaire de son frère, Marco, qui voit le départ comme une trahison. Avec son nouveau coloc, interprété par Christophe Payeur, des liens se tisseront rapidement. De l’autre côté, ces liens deviendront autant de crevasses dans ses relations avec son frère.

Présenté comme une série de tableaux chronologiques découpés par l’éclairage de Francis Hamel, on tente durant cette rencontre d’exposer les tabous, mais également de les déconstruire dans l’idée d’amener le dialogue au-delà des lieux communs. Tout au long de la pièce, la cohabitation aura des airs de confrontation où l’un et l’autre trouveront autant de façons originales de se mettre les pieds dans les plats.

Première création de ce collectif, deux nouveaux comédiens font leur entrée dans la pièce en remplacement de Natasha Kanapé Fontaine et Charles Bender qui, ayant tous deux pris part à l’écriture, n’ont pu être présents pour cette reprise. C’est Soleil Launière qui remplace Kanapé Fontaine, dans un rôle qui s’immisce en filigrane de la trame narrative principale. Ses apparitions lui donnant une aura d’oracle, elle porte une parole à la fois innu et française, allant même jusqu’à déclamer le Speak White de Michèle Lalonde.

C’est Étienne Thibault qui reprend le collier laissé par Charles Bender, celui de Charles ou Chanis. À sept heures de route de chez lui, en plein coeur de Montréal, il se retrouve toujours perdu en cette terre étrangère. Son questionnement identitaire est la quête qui fait avancer tout le dialogue de la pièce, qui se déplie en moins d’une heure.

Les interventions (uniquement en innu pendant la première moitié de la pièce) de Marco Collin, qui interprète le frère de Charles, viennent souligner d’intéressante façon le dialogue à sens unique qui s’est trop souvent installé entre les nations. Sa digression euphorique où il s’adresse à la foule pour lui apprendre quelques mots de sa langue parvient efficacement à faire respirer la pièce.

Si l’œuvre est par son propos aussi importante que la discussion à laquelle le collectif nous invite après la représentation, il n’en demeure pas moins que la proposition prêche un peu par didactisme. La scénographie simple et efficace de Xavier Mary, tout comme la mise en scène de Xavier Huard, servent surtout le propos. Pièce dont les réflexions sont éminemment plus sociales que théâtrales, elle parvient au final à démontrer toute sa nécessité.

Muliats
Menuentakuan
Collectif d’auteurs : Charles Bender, Marco Collin, Natasha Kanapé Fontaine, Christophe Payeur et Xavier Huard
Mise en scène : Xavier Huard
Distribution : Marco Collin, Soleil Launière, Christophe Payeur et Étienne Thibeault
Scénographie et costumes : Xavier Mary