Camillien Houde, plus grand que nature
Scène

Camillien Houde, plus grand que nature

Camillien Houde, «le p’tit gars de Sainte-Marie», nouveau spectacle d’Alexis Martin pour l’Espace Libre, tente de dépoussiérer notre «Je me souviens»…

C’est l’histoire d’un homme qui quitte les faubourgs pour devenir quelqu’un, l’histoire d’un homme du peuple qui décide de le servir, celle d’un homme qui croise le fer avec Duplessis, Taschereau et King, un homme qui se retrouve en prison pendant près de quatre ans par conviction et naïveté. Un homme aussi romanesque que réel qui ne prit que quelques années pour sombrer dans l’oubli.

«C’est un personnage coloré, atypique. Moi, je suis un vrai Montréalais et je trouvais que c’était un personnage digne de la ville, affirme Alexis Martin. Il en a été maire pendant quand même 25 ans, et pendant l’une des périodes les plus sombres de l’histoire, la grande crise économique de la fin des années 1920. Près du quart de la ville était sur le chômage, c’est inouï. Un destin assez intéressant et un personnage emblématique de la transition du vieux Canada français au Québec moderne: c’est un peu le chaînon manquant entre deux Québec. Je ne pense pas qu’il comprenait ce qu’il représentait, mais il est un peu ce trait d’union-là, pour le meilleur et pour le pire, parce qu’il était loin d’être un saint.»

Une vie en quelques heures

Alexis Martin avait d’abord travaillé le personnage de Camillien Houde pour la télé, projet qui ne vit pourtant jamais le jour. L’épopée du personnage se serait mariée à merveille à la chronique télévisuelle, mais il a tout de même désiré relever le défi du théâtre: circonscrire une vie en quelques heures et quelques décors. Camillien Houde fut tantôt maire de Montréal, tantôt député provincial, puis député fédéral, et son parcours politique fut long et non sans taches. Celui dont le numéro de téléphone fut retrouvé dans le calepin de quelques mafieux biens placés était un homme bien de son époque. Ses discours, tout aussi éloquents qu’ils pouvaient être démagogues, ont su faire sa renommée.

«Quand je suis né en 1954, Camillien Houde était maire, c’était quelques mois avant son départ. Lorsque j’étais enfant, dans ma famille, on parlait de lui, même s’il n’était plus maire de la ville. […] C’est un personnage assez paradoxal, très curieux à interpréter. Il était mû par une ambition démesurée qui venait de sa mère. C’est le seul survivant d’une famille de 10 enfants. Sa mère voulait le meilleur pour lui, qu’il quitte les faubourgs, qu’il devienne un homme qui puisse travailler sans se salir, qu’il puisse rencontrer ce qu’on appelait à l’époque le beau monde… Ça l’a toujours habité. […] Mais il ne s’agit pas d’un personnage qu’on veut canoniser. C’était un homme assez complexe, et les défis d’interprétation sont assez nombreux…»

Toute pièce à saveur historique se doit de faire son possible pour éviter les pièges du didactisme, et Alexis Martin en est bien conscient. «C’est le grand défi. Pour les premières versions, on me disait qu’il y avait trop de chiffres, trop de données historiques, c’était fastidieux. J’en enlevais, je cherchais l’équilibre, mais je crois qu’on doit quand même transmettre quelque chose, ce qu’on appelle du hard facts. Il a perdu cette élection-là, il a gagné celle-là… C’est l’histoire d’un homme politique, on ne peut pas faire abstraction de ça. Il faut qu’il y ait une partie de ça qui percole dans la pièce sans que ce soit assommant.»

Plongée dans l’histoire

Dans le cadre des festivités du 375e de Montréal, Alexis Martin et Geoffrey Gaquère – directeur artistique de l’Espace Libre – ont tenu à rendre ce spectacle aux Montréalais et aux résidents du quartier. Ils accompagneront donc les représentations avec des parcours déambulatoires avant la représentation et un bal à l’extérieur après les spectacles. Très tôt dans l’émancipation du projet, Martin voyait son bon ami Pierre Lebeau incarner le personnage. Il y avait là la charpente à la hauteur des ambitions de l’homme et l’éloquence d’un grand.

L’acteur se retrouvera sur scène avec plus d’une vingtaine de résidents du quartier qui prendront part au spectacle. «Le sérieux et la détermination avec lesquels ils travaillent, c’est beau à voir. Ce qui est important, c’est le mouvement de masse, et ça me touche énormément. Ici, on n’accroche pas sur des détails, c’est l’esprit de communauté qui prime.» La scénographie est épurée, constituée principalement de projections provenant des archives de la Ville de Montréal. La pièce se veut une réelle plongée dans une histoire trop peu connue, une rencontre d’abord avec un homme par qui il nous sera donné de découvrir une ville.

Camillien Houde, «le p’tit gars de Sainte-Marie»,
d’Alexis Martin

À l’Espace Libre
Du 22 août au 2 septembre