Doggy dans gravel : jeunes et fous
Scène

Doggy dans gravel : jeunes et fous

C’est une claque en pleine face. On sort de la salle Fred-Barry ébouriffé et un peu groggy après avoir (re)vu cette pièce de la compagnie Théâtre Kata, présentée l’année dernière à Premier Acte à Québec et reprise jusqu’au 16 septembre au Théâtre Denise-Pelletier. Sorti depuis un an du Conservatoire d’art dramatique du Québec, Olivier Arteau a écrit et mis en scène cette pièce au rythme fou, qui s’inspire de la vitesse de succession des images lors de nos divagations sur Internet…

L’histoire? Un groupe de scouts un peu coincés décide de se rendre à un après-bal au beau milieu d’un champs, avec un mot d’ordre : « Ce soir, on frenche ». Entre les épis de blé, ils rencontrent un trio de filles dévergondées dont la vulgarité des punchlines n’a d’égale que celle de leurs vêtements. Versez là-dessus un mélange de bière et d’hormones adolescentes dans le tapis, et vous avez Doggy dans gravel : un portrait fou et festif de la jeunesse d’aujourd’hui, dopée aux vidéos YouTube – et YouPorn.

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Les personnages sont caricaturés, un choix d’Arteau pour montrer les conséquences de la culture pop à outrance dans laquelle évolue la jeunesse actuelle. Les dialogues s’alternent avec des chorégraphies electro-stroboscopées, qui recréent l’esthétique des clips et des vidéos du net. Le texte est une succession de répliques trash et osées mitraillées si rapidement que l’on en rate parfois une au vol. Si c’est vulgaire au possible et parfois politiquement incorrect (certains propos sur le viol notamment), Olivier met dans la bouche de ses comédiens un texte qui ne se prend pas au sérieux et se veut au quinzième degré. 

Mais derrière cet humour acéré transparaissent malgré tout les questionnements d’une génération oscillant entre désir sexuel et besoin de mimétisme, innocence, naïveté, quête de l’identité et peur de l’inconnu. Autour de nous les gens rient, parfois mi-figue mi-raisin, déboussolés quel que soit leur âge. C’est que la jeune distribution de comédiens (Marie-Josée Bastien, Ariel Charest, Gabriel Cloutier Tremblay, Jean-Philippe Côté, Étienne d’Anjou, Miguel Fontaine, Angélique Patterson, Steven Lee Potvin, Pascale Renaud-Hébert, Vincent Roy, Nathalie Séguin et Dayne Simard) relève le défi de main de maître et mène chaque personnage jusque dans ses retranchements.

Précédemment remarquée au festival Fringe, c’est une pièce osée, trop diront certains, fidèle à son titre et très à l’image des vidéoclips qui avaient été diffusés pour annoncer la pièce. Mais ça décoiffe, et personne n’en sort indifférent.

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Doggy dans gravel
jusqu’au 16 septembre
Théâtre Denise-Pelletier