Psychédélique Marilou : satire sous acide
Scène

Psychédélique Marilou : satire sous acide

Quel est l’héritage du mouvement hippie aujourd’hui? C’est sur cette question que planche la jeune Marilou, étudiante dans la vingtaine qui cherche l’inspiration pour son mémoire. Autour d’elle, un prof perdu et libidineux, une mère frustrée de ne pas être devenue comédienne et un père désabusé qui lâche la politique et devient accro aux antidépresseurs.

Cette comédie nous emmène jusque San Francisco sur les traces du Flower Power, avec au milieu de cette famille paumée la présence hallucinée de feu Timothy Leary, le chantre du LSD. Les désillusions et nombreuses questions existentielles de Marilou se mêlent à celles de ses parents, anciens peace-and-lovers aujourd’hui englués dans leur vie de « centre-droite ».

À part quelques fauteuils, les comédiens évoluent dans un décor presque nu, si ce n’est cet immense rond orangé qui entoure la porte et sur lequel viennent parfois danser des spirales psychédéliques qui nous emmènent directement au Human Be-In de 1967. Les vêtements aussi, colorés et chatoyants, occupent notre rétine et rendent les accessoires superflus.

Ce qui habille surtout la pièce, c’est la musique live du groupe Le Futur, installé côtés cour et jardin avec ses synthés enivrants et ses chemises seventies. On salue la mise en scène simple et efficace de Philippe Lambert, adjoint à la direction artistique de la Licorne, qui avait signé au printemps dernier la très drôle pièce Baby-sitter. Ici, il arrive de nouveau à équilibrer le rire et le côté touchant des personnages.

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La distribution est solide (Jacques Girard, Bruno Marcil, Alice Moreault et Isabelle Vincent), et le jeu juste et humain permet de compenser un peu le regard parfois cliché porté sur les années hippies. On notera notamment la prestation de Bruno Marcil, bluffant dans ses différents rôles qu’il incarne à la perfection d’un changement de voix, d’accent, d’attitude.

On est content de voir à nouveau un texte de Pierre-Michel Tremblay, artiste en résidence à La Licorne (membre fondateur des Éternels pigistes, collaborateur aux textes de Infos, sexe et mensonge…), dont la dernière pièce, Au champ de Mars, remonte à sept ans. Son Psychédélique Marilou, c’est une jolie satire sur fond de LSD de la société capitaliste actuelle et des baby-boomers.

Où sont les idéaux d’hier? Est-on tous condamnés à tomber dans le moule de la société, à capituler devant les rébellions d’hier? Et finalement, on arrive à passer au-dessus du psychédélisme-LSD pour aller au cœur du sujet de cette pièce : la quête du sens de la vie, quelle que soit l’âge et la génération.

Psychédélique Marilou
de Pierre-Michel Tremblay
Jusqu’au 28 octobre à La Licorne