Scène

Petit guide pour disparaître doucement : Cartographier la disparition

Comment disparaître complètement? Voilà comment on peut brosser grossièrement le portrait de l’entreprise théâtrale qu’est Petit guide pour disparaître doucement, plus récente création de Félix-Antoine Boutin présenté à La Chapelle en octobre, près d’un an après sa première mouture à l’Usine C lors du festival Actoral. Cette pièce vient compléter un cycle théâtral incluant Koalas ainsi qu’Un animal mort, les trois textes maintenant réunis en un seul livre dans la nouvelle collection Matériaux des éditions Tritpyque. Dans ce projet, Boutin questionne la représentation de soi au théâtre, tentant au détour des questionnements de s’effacer lui-même devant les spectateurs. En résulte une création qui a tout l’air d’un laboratoire, d’une recherche, dans laquelle le dramaturge se perd et s’enfonce bien plus qu’il ne disparaît.

«Je ne comprends pas de qui je parle lorsque je prononce «je» […] J’essaie de réaliser le présent. Je suis seul dans ce théâtre. Je suis seul devant vous. Je suis seul avec ce vide à remplir.» Ainsi débute ce Petit guide, le ton en est jeté rapidement. Boutin nous entraînera, l’heure durant, dans les méandres de sa réflexion. Devant un public intrigué, il déchire deux pages de Lettres à un jeune poète de Rilke avec lequel il crée une maison de papier. Quelques minutes plus tard, il y mettra le feu. Sur scène, Boutin est inébranlable. Son ton tout comme sa présence sont au neutre, comme s’il ne désirait pas insuffler aucune émotion au texte, désirant ainsi disparaître derrière ce dernier. En résulte une interprétation sans relief qui à certains moments, ennuie. Le texte est tantôt dit, tantôt projeté sur l’immense écran au fond de la scène. À l’avant, un écran repose sur un chevalet sur lequel sont projetés quelques schémas de bonhommes-allumettes, le dramaturge désirant ainsi démontrer le cartésianisme de la démarche. Il en fait de même avec le texte qu’il n’hésite pas à énumérer en plusieurs constats, créant une logique avoisinant l’algèbre.

Tout au long de la pièce, la plasticité de la performance que Boutin propose est toujours plus forte que le texte en soi. Ce dernier part rapidement en vrille sibylline qui laisse le spectateur en plan, tellement on semble vouloir aborder différents enjeux. Les souvenirs, la mémoire, ce qui nous forme et nous constitue, le passage de l’enfance à l’âge adulte, la représentation de soi, l’universalité du «je» et on en passe. Au final, Petit guide pour disparaître doucement semble un peu rater sa cible tellement les réflexions du dramaturge et le dramaturge lui-même se retrouvent à l’avant-plan d’une disparition qui jamais n’adviendra. On en reste avec l’étrange sentiment que jamais Boutin ne parvient à élever la réflexion au-delà de l’effet de style à même l’écriture, créant ainsi une deuxième partition trop importante pour amener l’entreprise à terme.

Petit guide pour disparaître doucement
était présenté jusqu’au 21 octobre
au Théâtre La Chapelle

Conception : Félix-Antoine Boutin et Odile Gamache
Texte et Mise en scène : Félix-Antoine Boutin
Scénographie : Odile Gamache