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Scène

Os – La montagne blanche à La Licorne : Prédicateur

Avec Os – La montagne blanche, Steve Gagnon complète un cycle abordant le passage de l’enfance à l’âge adulte entamé en 2010 avec La montagne rouge (SANG) et qu’il a poursuivi en 2012 avec Ventre. Thème galvaudé s’il en est un, certes, n’en demeure pas moins que Gagnon nous convie ici à une confession aux allures de concert rock.

Dans une mise en scène signée Denis Bernard, le spectateur est d’abord frappé par une scénographie singulière au cœur de la Petite Licorne: les sièges ont été enlevés, remplacés par trois différentes scènes aux allures de podium, en plus d’une table derrière laquelle se trouve Le Bleu (projet musical de Nicolas Basque et d’Adèle Trottier-Rivard) qui, en direct, accompagnera le monologue de plus d’une heure que Steve Gagnon s’apprête à nous livrer. Le spectateur se retrouve donc avec une liberté rare en théâtre, celle de bouger et de marcher à sa guise sur la scène, de s’asseoir par terre s’il le désire ou encore de changer son angle de vue.

Steve Gagnon, seul en scène, livre avec aplomb un texte comme il en l’habitude de nous en écrire: généreux et lyrique, où les images se succèdent à un rythme effréné, chacune servant la précédente dans une habile montée qui tiendra ses promesses sans perdre son souffle durant toute l’ascension de cette montagne blanche. Le deuil de la mère est ici l’assise du texte, dernière attache au port de l’enfance qui rompt en plein cœur de novembre: l’enfant devient adulte à la minute même du départ et devra, par le fait même, dompter réminiscence et nostalgie. Le souvenir laisse place au tangible alors que les adresses seront tantôt à la mère décédée, tantôt à la copine Nathalie, tantôt à la tenancière Edna, en plein cœur de Bogota, où le personnage tangue entre recherche de sens et fuite du réel.

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La proposition scénographique désamorce autant le quatrième mur que le rôle du spectateur passif. N’en demeure pas moins que les interventions musicales du duo Le Bleu sont d’une terrible efficacité, parvenant à soulever et accompagner tant le texte que l’interprétation de Steve Gagnon. Au départ, souvent minimalistes, les compositions finissent toujours par prendre le spectateur par surprise dans des montées d’une fulgurance qui n’a d’égale que le texte porté par l’auteur et dramaturge. À quelques reprises dans le spectacle, l’amalgame de la musique et du texte n’est pas sans rappeler les spectacles du collectif français Fauve.

Si on a pu trouver un peu d’esbroufe dans ses précédents textes, ici, Steve Gagnon démontre une redoutable efficacité. Il parvient à marier candeur et romantisme dans une charge émotionnelle et littéraire enrobée d’un lyrisme qui jamais ne dégouline. Steve Gagnon finit toujours par nous gagner, à un moment ou à un autre. On peut le trouver rêveur et candide – naïf même -, mais cette volonté, ce désir de vaincre, ce besoin de beauté nous transpercent et nous emballent. À la façon d’un prédicateur sans mauvaise foi, l’instant d’une soirée, Steve Gagnon nous fait tous ses disciples. On se retrouve, à notre plus grand plaisir, pendu à ses lèvres.

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Os – La montagne blanche
À La Licorne jusqu’au 1er décembre
Production Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline en codiffusion avec La Manufacture
Texte et interprétation Steve Gagnon
Mise en scène Denis Bernard
Assistance à la mise en scène Adèle Saint-Amand
Éclairages Erwann Bernard 
Musique en direct Nicolas Basque et Adèle Trottier-Rivard
theatrelalicorne.com/lic_pieces/os/

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