Là où le sang se mêle : Vers la lumière
Scène

Là où le sang se mêle : Vers la lumière

Suite à Muliats, création collective où était explorée la recherche d’identité d’un jeune Innu de Mashteuiatsh confronté à une autre culture, les Productions Menuentakuan présentent Là où le sang se mêle, texte essentiel sur la réconciliation avec le passé après avoir subi l’inimaginable.

Floyd (Marco Collin) et Quêteux (Mohsen El Gharbi) dépensent chaque jour leur argent – quand ce n’est pas celui des autres – à la taverne du village. L’ivresse quotidienne les aide à tuer l’ennui et, on le constatera bien vite, à fuir la réalité où les blessures du passé les hantent sans qu’ils ne trouvent la voie de la guérison.

C’est une lettre de sa fille Christine (touchante Soleil Launière) qui vient changer le quotidien grisâtre de Floyd comme celui de sa communauté. Arrachée à Floyd par les services sociaux en bas âge, la jeune femme souhaite revoir son père et reconnecter avec ses racines. Son arrivée imminente apporte l’espoir d’un nouveau départ pour Floyd et fait resurgir les souvenirs des 20 dernières années.

photo Guillaume Sabourin
photo Guillaume Sabourin

Texte puissant de l’auteur autochtone de la nation Nlaka’pamux de Colombie-Britannique Kevin Loring, Where the Blood Mixes, traduit ici par Charles Bender (qui assure également la mise en scène) s’invite dans le quotidien de survivants d’un pensionnat autochtone. S’il attaque sans détour la question des abus physiques, sexuels et psychologiques par le clergé, de familles autochtones brisées et de la perte de repères, jamais le texte ne tombe dans le misérabilisme. Il offre plutôt un portrait juste et sensible des conséquences de l’assimilation à travers Floyd, Mooch et June (époustouflante Tania Kontoyanni) pour rendre hommage à la résilience autochtone.

La présence du personnage de Christine ravive de douloureux souvenirs mais marque aussi le début d’une réconciliation avec le passé et soi-même. Les longues conversations entre la fille de Floyd et June sont particulièrement émouvantes, cette dernière se rappelant le vécu de la mère de Christine, sa meilleure amie d’autrefois.

photo Guillaume Sabourin
photo Guillaume Sabourin

Par une mise en scène simple mais bien orchestrée, où les personnages restent toujours près de l’action, comme s’il était impossible de quitter les lieux comme d’éviter les souvenirs, Charles Bender réussit à partager efficacement cette histoire difficile mais lumineuse, récit de pensionnat autochtone qui ne se limite malheureusement pas aux personnages de fiction.

Au milieu de la salle Fred-Barry, livrant le texte avec un naturel désarmant, comme s’il s’agissait de leurs propres vies, les comédiens de Là où le sang se mêle nous accueillent dans un cercle intime pour partager ce texte nécessaire et lumineux.

Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 3 février

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