L'homme éléphant : magistral McGinnis
Scène

L’homme éléphant : magistral McGinnis

Le problème d’avoir des attentes, c’est qu’on est souvent déçu. Aller voir une pièce avec le superbe texte de Bernard Pomerance – auteur américain mort cet été – avec le comédien Benoît McGinnis dans le rôle-titre de l’homme déformé, ça suscite forcément des attentes…

Ca commence calmement et sans surprise, avec de jolis costumes d’époque et une mise en scène classique, plutôt typique du Théâtre du Rideau Vert. Et l’histoire, très touchante, d’autant plus qu’elle est vraie : celle de Joseph Merrick, un homme aux nombreuses difformités causées par quelque maladie encore inconnue à l’époque, qui lui causent d’être abandonné par sa mère puis exhibé dans les foires européennes du milieu du XIXe siècle.

Un médecin londonien le recueille pour l’étudier dans son hôpital, où Merrick passera le plus clair de son temps reclus. Petit à petit, le docteur l’introduira à la société victorienne. L’aristocratie anglaise est fasciné par l’esprit et l’intelligence de celui qu’on appelle « l’homme éléphant ». Une histoire qui donne l’occasion de s’interroger sur le rapport à l’altérité, la pitié, la part d’égoïsme dans la charité, et surtout, l’humanité. Finalement, qui est le plus difforme à l’intérieur?

Science et religion se heurtent dans cette pièce. On regrette un peu que la mise en scène, dans un choix très post-Révolution tranquille, utilise le personnage religieux comme ressort comique. Il y a pourtant énormément de beauté dans la foi chrétienne de Merrick, qui s’accroche à ce dieu bon et miséricordieux malgré ses infirmités et la vie misérable auxquelles elles l’ont réduit.

Monstre de scène

Ce qui porte magnifiquement cette pièce signée Jean Leclerc, c’est la performance de McGinnis. On a hâte de le voir arriver en homme éléphant, se demandant de quelles prothèses et maquillage on a bien pu l’affubler. Et non, c’est l’homme simplement vêtu d’un pantalon court qui arrive. Et d’un positionnement de la tête, d’un déhanchement, le voilà qui donne vie à son personnage. En jouant simplement de son corps et de son élocution, il se transforme en homme monstrueux.

Ses déplacements sont rendus difficiles de par son maintien, sa respiration est sifflante et sa prononciation déformée par sa mâchoire de travers. Bien plus intéressant et impressionnant à voir qu’un costume travaillé, ce jeu d’acteur est superbe. On souffre pour le comédien, qui doit avoir mal au dos après 1h30 de cette démarche tordue et exigeante…

Avant cet homme éléphant, McGinnis nous avait déjà bluffé au printemps dernier en se glissant dans la peau de l’empereur fou Caligula. Il nous montre qu’il sait être un monstre ; un monstre de scène. Bref, une performance d’acteur si forte qu’elle en éclipserait presque celles de ses comparses, pourtant très solides (la touchante Sylvie Drapeau en Lady Kendal, David Boutin en efficace Dr. Treves).

Un autre bravo à la belle scénographie d’Olivier Landreville, sobre mais imposante, qui avec une structure de bois figure les combles dans lesquelles Merrick a été confiné à son arrivée à l’hôpital. Le clou de ce décor, c’est ce superbe et immense cadran d’horloge vu de l’intérieur, une reproduction de l’authentique horloge du Royal London Hospital que Jean Leclerc a visité.

Les aiguilles tournent à chaque changement de scène, tranchant avec l’immobilisme du quotidien de Merrick mais rappelant l’implacable passage du temps, et avec lui l’approche de la mort précoce de cet homme éléphant venu secouer la société victorienne dans les années 1860, et un public montréalais en 2018. Les attentes ont en effet été remplies.

L’Homme éléphant
au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 3 mars

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