Hurlevents : Les Brontë au Québec
Scène

Hurlevents : Les Brontë au Québec

Le Théâtre Denise-Pelletier présente ce mois-ci une belle collaboration entre l’auteure Fanny Britt et le metteur en scène Claude Poissant, autour d’une adaptation libre du roman de Hauts de Hurlevents…

C’est un huis-clos comme on les aime, familial, un peu angoissant, où les langues se délient et les secrets sortent au grand jour… Tout commence par un résumé rapide des Hauts de Hurlevent, œuvre phare de l’auteure britannique Emily Brontë, joliment amené via un cours universitaire où Marie-Hélène (Catherine Trudeau) enseigne la littérature victorienne. Puis, musique, alors que le titre du roman projeté en grandes lettres blanches dans l’obscurité se transforme en Hurlevents, dans un début de pièce très cinématographique.

Ce huis-clos se passe dans une colocation d’étudiants, un soir de mai où le vent fait rage – comme dans la lande du Yorkshire où les sœurs Brontë ont vécu au 19e siècle. Émilie, Isa et Édouard reçoivent à souper leur professeure de littérature. Pendant la soirée, Catherine, la sœur d’Émilie, fait une apparition surprise… On rit beaucoup pendant les dialogues, on frissonne aussi pendant les noirs récurrents, tandis que le vent hurle et que les personnages arrivent un par un dans cette nuit de tempête.

Dans son très beau texte, Fanny Britt fait une transposition libre de l’histoire de Catherine et Heathcliff des Hauts de Hurlevent dans un Québec contemporain, en même temps que son trio de personnages féminins rappelle les sœurs Brontë. Des allusions à leurs vies ainsi qu’à leurs œuvres parsèment la pièce, plus ou moins subtiles. La pièce est très réaliste au départ – à l’image de la scénographie, en apparence banale jusqu’à ce qu’on aperçoive le plafond – puis part ensuite dans une mise en scène plus libre et créative.

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Sofia-Coppolesque

L’amour, toujours. Mais dans ce texte résolument contemporain, abus de pouvoir, féminisme, avortement ou encore homosexualité sont aussi abordés de front. Le texte est à la fois drôle et touchant, vif et émouvant, soulevant des questions éternelles et tellement d’actualité. Des thèmes qui ressortaient déjà dans les mots de l’écrivaine victorienne, et qui ont étrangement beaucoup d’écho ce soir dans les relents de #metoo et de consentement… Les dialogues, joliment ciselés, jonglent avec les niveaux de langue, placent les personnages et font avancer l’histoire tout en instillant humour et malaise. Brillant.

La scénographie divise le plateau en deux, côté salon et côté cuisine, avec une installation très sobre qui laisse le champ libre aux comédiens. L’ensemble de la distribution propose de très bonnes performances. On saluera notamment celle de Florence Longpré, qui sort de son introversion pour une superbe tirade amoureuse et enflammée, très loin de son personnage de « Like-moi » auquel on la cantonne un peu trop.

C’est une jolie mise en scène entre deux époques – signée Claude Poissant -, où les personnages déclament de la prose victorienne, parlent en franglais et cherchent leur cellulaire sous leur jupon de dentelles. En bref, un superbe spectacle, auquel la musique pop, les costumes d’époque et les jeunes filles en fleurs donnent des petits airs de film de Sofia Coppola. Une plongée vivifiante dans les états d’âme de la jeunesse et dans les tourments de la passion, à l’image de ce vent insatiable qui hurle dehors… On espère encore de nombreuses collaborations Fanny Britt / Claude Poissant; elles sont délicieuses.

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Hurlevents
Jusqu’au 24 février au Théâtre Denise-Pelletier

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