Le Chemin des passes dangereuses : hommes en huis-clos
Scène

Le Chemin des passes dangereuses : hommes en huis-clos

On ne se lasse jamais des bons textes. Celui-ci, signé Michel Marc Bouchard, traduit dans plusieurs langues et joué dans une quinzaine de pays, est devenu depuis 1998 un classique du théâtre québécois et ne déroge pas à la règle. Vingt ans après sa création chez Duceppe, la pièce revient sur ces mêmes planches cette fois mise en scène par Martine Beaulne. Une deuxième collaboration pour le duo Bouchard-Beaulne, qui avait travaillé ensemble pour Les Muses orphelines en 2013.

Le Chemin des passes dangereuses est une « tragédie routière », l’histoire de trois frères qui attendent au bord d’une route après un accident de voiture. Des frères très éloignés dans leur mode de vie et leur personnalité : Victor est un travailleur forestier à Alma qui enchaîne les conquêtes, Ambroise est homo et vend des œuvres d’art à Montréal, tandis que Carl a échoué dans un Costco de Québec – et doit se marier dans quelques heures.

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Alors qu’ils ne se sont pas vus depuis plusieurs années, ces frères se retrouvent dans un huis-clos forcé. Dans une conversation au début un peu maladroite, pour passer le temps, ils commencent par se donner des nouvelles. Puis le dialogue s’oriente vers les confidences, les souvenirs d’enfance, les reproches, les engueulades, les embrassades aussi. Enfin, on aborde l’éléphant dans la pièce : la mort du père, poète et alcoolique, survenue quinze ans auparavant – et à cet endroit même.

Forte de ses dialogues très bien construits, tantôt drôles et tantôt émouvants, la pièce illustre la communication entre hommes, maladroite et difficile. Elle l’est d’autant plus que ces hommes sont de la même famille, avec tous les souvenirs et les traumatismes qui s’y rattachent, mais avec aussi l’amour fraternel bien présent. La beauté du texte, c’est également ce poème qui revient au fil du texte, ces passages qui se font échos pendant la pièce, ces répliques déclamées à plusieurs…

Dans les conversations sont évoqués aussi bien l’art que le sida ou le bonheur. Chacun a sa vision sur ces sujets, que ce soit celle du campagnard, de l’employé dans une ville de province ou du citadin de la métropole. Mais les trois se retrouvent dans le rapport au père. La scénographie, quant à elle, figure une route abîmée tandis qu’un écran au fond montre un paysage d’arbres et une rivière en contrebas. Un plateau plutôt sobre qui laisse toute la place au jeu des comédiens.

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Les dialogues sont portés par un magnifique trio d’acteurs : Alexandre Goyette (vu notamment dans King Dave), Maxime Denommée (Des Arbres), et Félix-Antoine Duval. Ce dernier, jeune nouveau venu qui fait ses débuts sur les planches, montre ici un jeu solide et tout en émotion – un comédien découvert avec plaisir et à suivre… Une belle alchimie se créé entre les trois acteurs, qui arrivent à donner de l’authenticité à leurs personnages parfois un peu clichés.

Trois frères qui incarnent chacun pour la metteure en scène le passé, le présent et l’avenir de l’homme québécois. Si Michel Marc Bouchard y voulait aussi une métaphore du parcours identitaire du Québec et des réflexions qui s’y rattachent, on aime au contraire le côté très personnel et familial de cette histoire. Ces frères n’ont pas fait le deuil de leur père… Mais pour ça, il va falloir commencer par se parler. Et on écoute avec plaisir.

Le chemin des passes-dangereuses
Au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 24 mars.

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