Dominique Leduc / Le nom : Le territoire en soi
Scène

Dominique Leduc / Le nom : Le territoire en soi

Avec Le Nom, Dominique Leduc renoue avec le Norvégien Jon Fosse, auteur dont les oeuvres ne cessent de la fasciner et de lui offrir d’énigmatiques chemins à prendre pour la mise en scène.

«C’est comme ouvrir une boite et découvrir d’autres boites jusqu’à l’infini», affirme la metteure en scène, qui a fait plusieurs ateliers au cours des dernières années avec des textes de Fosse à l’UQAM. Le Nom raconte le retour au bercail d’une adolescente (Myriam Debonville) ayant quitté le foyer familial très jeune et qui revient sans préavis, enceinte, accompagnée d’un jeune homme de son âge (Simon Beaulé-Bulman). La pièce aborde, entre autres, la question de la transmission, du rôle de parent et du moment où l’on cesse de l’être. «Il y a ces deux choses-là qui sont juxtaposées, dans la pièce: les deux adolescents vont être parents et les parents de l’adolescente se rendent compte qu’ils ne pourront plus l’être, car elle deviendra une adulte. Il y a tout un réalignement de leurs identités qui se fait».

À la recherche d’un nom à donner à son enfant, la jeune femme constate qu’il y a grand vide qui la sépare du jeune homme, dont on ne sait pas s’il est le futur père. Son départ soudain et prématuré a créé une cassure de la relation avec ses parents mais aussi avec son environnement, son identité. «Les adolescents essaient de trouver des repères, un ancrage. L’adolescente a fait éclater tous les repères identitaires au moment de partir et elle cherche à recréer tout ça, mais tout ça est parti. Elle constate et fait l’expérience d’une très grande solitude et d’une très grande insécurité. Le garçon fait l’expérience d’un territoire inconnu, dans les fjords norvégiens, sur le bord de la mer, et est complètement avalé par les paysages».

La Norvège tient un rôle en soi, dans le texte comme la mise en scène. La montagne, la mer, les fjords… les divers éléments d’un vaste territoire, qui ont marqué la jeune fille et bouleversent son compagnon, occupent une grande place dans l’écriture de Fosse. Les décors de Jean Bard et la conception sonore assurée par Éric Forget habiteront l’espace dans cet esprit: l’extérieur est toujours présent, près des personnages. «Dans les œuvres de Fosse, et dans cette pièce-là particulièrement, le territoire est toujours évoqué. C’était donc important dans la mise en scène qu’on sente l’extérieur, tout le temps, même quand on est à l’intérieur».

Dominique Leduc a d’abord commencé par explorer, avec les comédiens, le parcours des personnages, leurs motivations, leurs passés, pour ensuite se rendre compte que l’essence de la pièce était ailleurs. Une fois cette approche psychologique écartée du processus créatif, l’équipe s’est concentrée sur la rythmique particulière du texte. «La langue de Fosse est très simple et directe, mais c’est travaillé rythmiquement. Il y a beaucoup de silences et d’interruptions. C’est un peu écrit comme une partition de musique. Il faut accepter d’être dans une forme, et cette forme participe au climat et à l’état des personnages».

Au Théâtre Prospero du 3 au 21 avril

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