Jamais Lu : Venir à bout du cynisme
Scène

Jamais Lu : Venir à bout du cynisme

Manifester le fragile, le titre du 17e Jamais Lu, relève presque de l’oxymore. Rendre perceptible ce qui d’habitude se cache entre les interstices. Exit les angoisses du silence avec cette nouvelle édition du festival de textes dramaturgiques. Sa nouvelle codirectrice, Solène Paré, nous en parle en quelques lectures théâtrales.

Pour la directrice artistique et générale du festival, Marcelle Dubois, Solène Paré, jeune metteure en scène, incarne «les nouvelles voix fortes, les voix féminines que nous devons rendre visibles». Et c’est ensemble, avec leurs regards tournés vers ces prochaines années qui seront façonnées par les actions d’aujourd’hui, qu’elles ont mis sur pied cette édition jubilatoire.

«Lorsque Marcelle m’a approchée, on s’est mises très rapidement à parler de Trump et de la peur du cynisme qui s’attaque directement à nos imaginaires, confie Solène Paré. On a aussi pensé aux gens qui se lèvent pour des luttes quotidiennes, qui se sont vraiment multipliées en Occident cette année. On avait devant nous un vrai devoir d’imagination et une sacrée dose d’angoisses à changer en rêves.»

Des déclinaisons de ce fragile – qui se fait étrangement très tangible – traversent le festival de long en large. Pour Solène Paré, la part de fragilité pour laquelle elle souhaite prendre parole est l’identité de genre. «Je me définis comme quelqu’un qui n’est pas straight et je refuse de me cloisonner dans un moule, personnellement et intimement, déclare-t-elle. Et cette année, il y a eu une plus grande ouverture à ces questions. J’ai l’impression que beaucoup de gens s’éveillent aux enjeux du féminisme et du genre.»

Certains textes de la programmation portent en eux cette thématique. Notamment Sœurs Sirènes de la jeune auteure Sarah Marchand, destiné aux 9 ans et plus. Au cœur de la piscine du quartier, elle fait se rencontrer deux jeunes personnages qui nous invitent à nous questionner sur nos préjugés. C’est le cas aussi pour Gateshot, signé et interprété par Marjolaine Beauchamp, Pascale Bérubé et Mélopée Montminy. «On nous parle à la fois d’identité de genre, mais aussi de performance sociale, de ce que nous sommes dans toutes les représentations de nous-mêmes.»

Art et politique

Les créations qui défilent au Jamais Lu sont caractérisées par leur rapport très vif avec l’actualité, les textes vus comme des «réécritures de faits sociaux». Et en étant dans une année électorale, il apparaissait évident que la politique soit un objet à investir, quitte à interpeller directement les politiciens.

C’est ce que font les codirectrices dans leur Happening préélectoral où six artistes invitent l’art dans la construction d’un projet de société. «Le but de notre soirée d’ouverture, c’est de redonner toute la puissance à la scène et à sa grande force d’évocation, affirme Solène Paré. En ces temps très sombres, j’ai l’impression que c’est la lanterne qui nous reste: les prises de parole citoyennes.»

Pour l’occasion, des places sont réservées aux candidats des différents partis politiques responsables de la culture. «On déplorait le fait qu’on rencontre toujours les politiciens dans d’autres lieux que le théâtre, explique Solène Paré. On demande cette rencontre et on ne va pas parler de chiffres. On va parler de l’absolu et de la complète nécessité de l’art dans une société, que ce soit pour la beauté ou par sa capacité à nous faire surmonter l’angoisse de notre condition de mortel.» Elle ajoute que le théâtre doit s’inscrire dans le monde et être ce lien entre la cité et le gouvernement.

Le théâtre comme catalyseur

Un des rôles du théâtre n’est-il pas de faire jaillir les préoccupations d’une époque à travers la parole des auteurs qui en sont les témoins? «Marcelle et moi, on avait envie d’une fête joyeuse. On a lu ces textes et fait un tri, et sont apparues justement toutes ces déclinaisons du fragile. Que ce soit par l’identité de genre, mais aussi par l’empathie, par la pensée complexe, l’ouverture d’esprit et la poésie.»

Et dans Manifester le fragile, on entend aussi l’invitation à la révolte. Un regard sur nos révoltes passées et sur celles à venir. C’est ce qu’explore le collectif La Criée dans Agora, une performance sous la forme d’un micro ouvert. «C’est très délicat de parler d’une révolte sans la cloisonner, sans en faire une histoire qui a une fin, avance Solène Paré. Je trouve qu’ils s’en sortent très bien. C’est quasiment du théâtre documentaire.»

Il est donc temps de prendre place, dans cette manifestation festive, et d’être réceptif à ces questionnements du réel.

Du 4 au 12 mai 
Au Théâtre Aux Écuries

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