Tijuana au FTA : Un théâtre au salaire minimum
Scène

Tijuana au FTA : Un théâtre au salaire minimum

Il y a huit ans, David Shields publiait son livre Reality Hunger dans lequel il tentait, par un brillant collage, de prouver qu’à notre époque le réel était à la base de toute fiction, un plaidoyer pour une hybridité créatrice et une façon de reléguer les vieux genres fictionnels aux oubliettes. La vague de théâtre documentaire qui déferle ici et ailleurs ne peut que donner raison à Shields. Avec J’aime Hydro, La cartomancie du territoire, Freddy, Les robots font-ils l’amour? – pour ne nommer que ceux-là – la scène théâtrale montréalaise n’est pas en reste. Avec le spectacle Tijuana, la compagnie mexicaine Lagartijas tieradas al sol formée de Gabino Rodríguez et Luisa Pardo poursuit elle aussi dans cette veine, proposant une heure de théâtre comme une mission d’infiltration.

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Gabino Rodríguez est parti vivre à Tijuana pendant six mois. Sous un faux nom, muni d’une perruque et d’une fausse moustache, il a voulu comprendre comment survivaient ses compatriotes, travaillant au salaire minimum, pour un peu moins de cinq dollars par jour. Louant une chambre dans une colonie aux allures de bidonville près de la maquiladora où il se fait embaucher, Gabino Rodríguez doit se transformer: d’un acteur connu vivant à Mexico à un simple inconnu qui tente de joindre les deux bouts.

Seul sur scène, il a recours à du ruban adhésif au sol pour démontrer l’étroitesse de sa chambre, il utilise des briques pour reproduire la colonie. Une illustration au fond de la scène représente quant à elle Tijuana, alors que sur un petit écran sont projetés des vidéos de basse qualité qu’il a capturées à la volée lors de ses pérégrinations dans la ville. Tout comme son séjour, la scénographie est faite d’une économie de moyens. La décision est cohérente, le résultat, lui, n’est pas particulièrement satisfaisant. Les projections interrompent la représentation plus qu’ils ne la complémentent, alors que les intermèdes de musique classique qui découpent le spectacle en différents chapitres semblent plutôt aléatoires et trop longs. On aurait préféré que ces 75 minutes de théâtre soient utilisées à meilleur escient.

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Même si le spectacle revêt des habits un peu rustres, le solo de Rodríguez en est un efficace et sincère. Il partage sans retenue son expérience. Tout au long de la représentation, on ouvre des portes pour que le spectateur se questionne sur la mince cloison qui sépare réalité et fiction, laissant le doute s’installer quant à la véracité du projet. L’usage de faux durant toute la pièce se révèle peut-être plus intéressant que la portée sociale du spectacle, ce qui est peut-être un échec en soi. On en vient à se demander si la proposition n’est pas trop mince pour aborder deux questions si larges. De plus, un certain malaise s’immisce quant aux réflexions que soulève Rodríguez suite à son parcours. On reste avec cette fâcheuse impression qu’il défonce des portes déjà ouvertes et que si la sympathie de l’artiste face aux plus démunis ne sonne pas particulièrement faux, elle reste un air maintes fois entendu.

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Un spectacle de Lagartijas tiradas al sol, idéation et interprétation Gabino Rodríguez, d’après les textes et idées de Martin Caparrós, Andrés Solano, Arnoldo Galvez Suárez et Günter Walraff, mise en scène Gabino Rodríguez et Luisa Pardo, lumières Sergio López Viguera, scénographie Pedro Pizarro.

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