Betroffenheit au FTA : Crystal Pite au cabaret
Scène

Betroffenheit au FTA : Crystal Pite au cabaret

Le spectacle acclamé de la chorégraphe vancouvéroise Crystal Pite, en fin de parcours à Montréal après des années de tournées internationales, est un objet esthétique soigné et halluciné, jusqu’à un excès qui en amenuise parfois le sens.

Tentant de dompter un traumatisme par une folle plongée dans sa psyché et dans l’imaginaire du spectacle, le protagoniste de Betroffenheit se voit propulsé dans un univers de cabaret clownesque expressionniste et parfois cauchemardesque. Cocréé avec le dramaturge Jonathon Young et inspiré de sa propre expérience traumatique, le spectacle s’ancre d’abord dans une ambiance grisâtre et postapocalyptique, graduellement envahie de personnages exubérants qui happent le traumatisé dans leurs chorégraphies saccadées et démonstratives.

Souvent décrit comme un cabaret onirique, Betroffenheit mise en effet sur des ambiances spectaculaires surannées et hallucinatoires. Nous voici sans cesse propulsés, dans un étrange glissement spatiotemporel, dans le Broadway des années 1930 ou dans un cabaret berlinois de l’entre-deux-guerres. L’influence de l’expressionnisme allemand est manifeste, ainsi que celle du théâtre clownesque à la Jacques Lecoq, doublé d’une certaine marionnettisation des corps et même d’un travail de mime assez classique. Tout cela passé au filtre d’une danse-théâtre énergique, aussi ronde et fluide qu’elle peut être saccadée et brutale, et à une dramaturgie très proche de la danse-théâtre des années 1980 (façon Carbone 14).

Wendy D. Photography
Wendy D. Photography

Que le spectacle tende vers l’exubérance joyeuse ou qu’il sombre dans un cauchemar angoissant, tout y est hyperdémonstratif et plus grand que nature. Constamment perché entre ces deux états émotifs contradictoires, les danseurs évoquent la quête de guérison du traumatisé, lequel cherche l’épiphanie dans le mimétisme et dans la représentation, avec costumes colorés, chansons de cabaret et pas de danse synchronisés. En quête d’une bonne vieille catharsis, comme chez les Grecs de l’Antiquité, il ne trouvera pourtant guère de soulagement.

La deuxième partie du spectacle, soudainement bien contemporaine, abandonne les paillettes du cabaret pour montrer une danse faite de chutes et d’appels d’air: nous voici de retour en plein naufrage. La guérison passe peut-être par l’acceptation de son statut de traumatisé, comprend-on.

Michael Slobodian
Michael Slobodian

À vrai dire, tout ce déploiement narratif autour de l’idée de dompter le choc post-traumatique apparaît artificiel. Bien que sincère, inspiré du vécu douloureux de l’artiste dont nous saluons le courage à reprendre chaque soir sur scène une partie de son parcours vers la lumière, le spectacle se déploie davantage comme une grande aventure esthétique au gré de multiples influences. Il a ainsi le revers de ses qualités: on applaudit sa virtuosité, mais on ne peut s’empêcher de le percevoir surtout comme un grand numéro athlétique vertigineux, dont l’essence nous échappe peu à peu. Bluffés par la prouesse, mais peu stimulés intellectuellement par la proposition.

Le spectacle, à force de références à des formes spectaculaires d’antan, nous paraît hélas un peu engoncé dans la nostalgie, coincé dans un endroit suranné duquel il aurait peut-être intérêt à s’extirper en partie.

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Jusqu’au 7 juin à la salle Pierre-Mercure, dans le cadre du FTA 

fta.ca

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