ZH Festival : Laboratoire des possibles
Scène

ZH Festival : Laboratoire des possibles

Il y a dix ans naissait ZH Festival, renforçant la vitalité de la relève culturelle montréalaise. Dix ans à faire d’Hochelaga-Maisonneuve un carrefour bouillonnant de premières fois. Pour l’occasion, Mellissa Larivière nous parle de ce pôle créatif au passé, au présent et au futur.

Il est loin le temps où l’envoi de dossiers se faisait en urgence dans des lieux interdits, où le bureau de travail était un parking et où les décorations s’achetaient au magasin du dollar. Malgré le peu de moyens, la volonté de mettre en avant l’émergence était remplie de candeur à l’époque, nous dit Mellissa Larivière, fondatrice et directrice artistique du festival. Il y avait tout de même les doutes qui accompagnaient les bonnes intentions, comme les deux faces d’une même médaille. «Il s’agit de voir ce que ç’a donné aux artistes, exprime-t-elle. Les projets qui ont eu d’autres vies. Le but était de créer un passage, pas une finalité.»

Lieu de laboratoire pluridisciplinaire qui s’étend cette année sur quatre semaines au lieu de six, ZH sert de véritable plateforme de lancement pour de jeunes créateurs qui ont toute la liberté de créer des projets qui seront confrontés pour la première fois aux regards. «C’est vraiment important que ZH soit un terrain de jeu où je n’impose pas ma vision artistique, où je laisse la place à des créations qui peuvent aller un peu partout, parce qu’à la base, c’était ça: ne pas essayer de fitter quelque part.»

Prendre conscience

Lorsqu’on est organisateur, le temps passe à une drôle d’allure, d’une édition à l’autre, sans que l’on s’en aperçoive réellement. Mellissa Larivière relève chez elle ce sentiment qui est tout de même accompagné d’une fierté. Celle de voir, par exemple, les Catherine Chabot, Amélie Dallaire, David Paquet ou Simon Boulerice de ce monde faire éclore leurs projets à ZH et que ceux-ci deviennent signifiants.

Une fierté aussi quant au fait d’avoir des alliés chez les diffuseurs culturels. «C’est devenu un rendez-vous pour eux de voir ce qui se trame et c’était un peu l’objectif, explique Mellissa. Au-delà de donner un dossier, quand on voit ta couleur et ton univers, c’est plus concret.»

Une édition de son temps

Les œuvres choisies sont portées par une vision de l’actualité, un regard sur le monde intime et sur la vie contemporaine, constate la directrice artistique, sans toutefois qu’elles soient associées à une thématique. «Ceux qu’on choisit, c’est parce qu’on sent chez eux une grande volonté de faire, et quand il y a bouillonnement, on y va. Et même si ce sont des projets embryonnaires, on sent quand même une qualité et une pertinence.»

On aura droit au projet Umanishish de Xavier Huard, mettant en scène l’artiste innue Soleil Launière, dans un dispositif scénique de Gonzalo Soldi, un projet «hautement performatif» qui ouvrira cette édition-anniversaire.

Si notre monde connaît aujourd’hui encore des soubresauts révolutionnaires en matière sociale, regarder les bouleversements d’un passé pas si lointain sera possible avec Give Me A Revolution, de Mireille Camier, un spectacle qui impliquera quatre performeurs de quatre villes. Il y sera question de la révolution verte en Iran, de la révolution Jasmin en Tunisie, des indignés de Barcelone et du printemps érable au Québec.

Les questions de genre ont aussi été beaucoup explorées cette année et l’artiste Pascale Drevillon, impliquée dans le milieu LGBTQ, convie le public à GENDERF*CKER, «qui parle de la construction et la déconstruction des archétypes masculins-féminins».

Une évolution critique

«Il faut toujours rester en questionnement pour savoir comment on se positionne dans le milieu, affirme Mellissa. Les artistes n’ont pas les mêmes besoins aujourd’hui que lorsque j’ai lancé l’événement. Notre identité et notre place ont changé aussi d’une certaine manière.»

On observe ces variations dans cette édition qui devient plus courte et plus centrée sur des projets d’arts vivants ou de performance. «C’est de revenir aussi à ce qu’on faisait au départ, d’aider des premiers projets, des expérimentations. Ça demande de vouloir partager quelque chose à grand déploiement, d’une certaine manière.»

De la musique, il y en a encore, comme dans L’amour au 21e siècle (selon Wikihow), présenté par la compagnie La société baroque. Une comédie musicale sur «notre façon d’aborder l’amour et la séduction à l’ère des technologies».

Pour l’avenir, il existe de multiples possibles du point de vue de Mellissa, notamment la consolidation de partenariats encore plus structurants. Comme ceux qui découlent du projet Haïti-Montréal cette année où ZH reçoit des artistes du Festival Quatre Chemins, situé à Port-au-Prince. «J’ai peut-être envie de développer cette formule de résidence d’artistes, mais avec une espèce de rencontre avec d’autres pays qui ne viennent pas nécessairement d’Europe. On connaît beaucoup les codes et l’esthétisme de l’Europe, qui nous inspirent, mais je trouve qu’il y a une richesse à apprendre des autres pays, surtout en arts vivants.»

Sous une bannière radioactive pimpante signée BOUGIE, ZH est un espace pour des artistes qui cherchent à se définir, mais aussi un lieu de rencontres citoyennes et inclusives. Il est certain que tous les acteurs sont prêts à repartir pour un autre 10 ans.

ZH Festival
jusqu’au 11 août
zhfestival.com

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