Oslo : géopolitique sur scène
Scène

Oslo : géopolitique sur scène

Épineux et sérieux thème que celui du conflit israélo-palestinien. D’autant plus quand il s’agit du sujet d’une pièce de théâtre, celle qui a ouvert la nouvelle saison du théâtre Duceppe. Comme beaucoup de spectateurs, je me suis inquiétée de ne pas tout saisir d’Oslo, n’étant pas tant au fait de tous les tenants et aboutissants de ces accords signés il y a 25 ans entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine.

Inquiétude vaine : la pièce n’est pas tant un débat de politique internationale qu’un mélange entre documentaire et fiction qui s’adresse aux plus informés comme à ceux qui suivent l’actu de très loin. Et Oslo a de quoi intriguer : présenté en 2016 après deux ans de recherches, rencontres et entrevues, le texte de l’auteur américain J.T. Rogers a eu un énorme succès sur Broadway, récoltant au passage le Tony Award de la meilleure pièce.

Oslo revient donc sur la genèse de ces accords de paix : un couple de diplomates norvégiens organise des rencontres secrètes réunissant des membres de l’État d’Israël et de l’Organisation de Libération de la Palestine, faisant abstraction des discussions officielles qui se déroulent sous la houlette des États-Unis – et qui n’aboutissent pas.

La méthode de négociation des Norvégiens s’appuie sur la fraternisation entre les deux camps. Il s’agit d’aller au-delà de l’ennemi pour rencontrer l’humain qui se cache derrière, de partager des repas et d’apprendre à se connaître. La pièce ne parle ainsi pas tant de conflit que de dialogue et de réconciliation.

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Ce thème du conflit politique n’est pas nouveau pour la metteure en scène. Édith Patenaude s’est en effet déjà frottée à 1984 de George Orwell, Far Away de Caryl Churchill, ou encore L’absence de guerre de David Hare, qui montre les coulisses d’une campagne électorale au Royaume-Uni. Mais sur ce sujet qui peut paraître aride, le texte de Rogers saupoudre beaucoup d’humour, un trait que renforce encore la mise en scène.

On parle certes de politique, mais on est au théâtre. Dans ce huis-clos haletant, les personnages sont réels mais leur personnalité est parfois quelque peu romancée – comme le personnage incarné avec brio par Jean-Moïse Martin, très drôle dans le rôle du diplomate israélien Uri Savir qui devient un dragueur au sang chaud sous la plume de l’auteur. Emmanuel Bilodeau, de retour au théâtre après six ans d’absence, joue quant à lui le diplomate norvégien Tarje Rod-Larsen, sorte de rêveur idéaliste.

L’actrice Isabelle Blais, campant ici Mona Juul, l’épouse de Larsen, coupe le spectacle de plusieurs adresses au public avec des petites notes de présentation. Pour sa première mise en scène chez Duceppe, Patenaude a décidé de mettre tous les comédiens sur scène pendant les 2 heures 20 de spectacle. Installés sur des gradins, ils se changent dans ces semi-coulisses et assistent à tous les actes, formant à l’occasion un chœur qui figure le peuple israélien ou palestinien. La distribution, avec ses douze comédiens d’origine marocaine, juive ou égyptienne, illustre elle-même une belle diversité.

Patenaude a également convié deux musiciens jazz sur scène (batterie et contrebasse), qui agrémentent la pièce d’une bande-son en direct tandis que les comédiens donnent leurs répliques dans des micros tour d’oreille. La scénographie de départ présente un plateau encombré d’un labyrinthe de classeurs et autres meubles de bureau – une représentation de l’administration des gouvernements? -, qui sont déplacés au fil de la pièce. La scène vide encadrée de gradins obtenue au final rappelle vaguement un terrain de sport, où s’affrontent donc deux équipes.

Finalement, les gradins qui se font face se rejoignent au fond, tandis que sont signés les fameux accords d’Oslo. Car, même si les événements post-1993 relatés à la fin (assassinat du Premier ministre israélien, seconde intifada, etc.) peuvent laisser place au pessimisme, la pièce se veut avant tout un message d’espoir.

On en apprend donc plus sur les protagonistes de ces accords, leurs rôles et les enjeux de ce conflit de politique internationale, mais on comprend surtout à quel point le facteur humain est important. Une saute d’humeur, un trait d’esprit peut jouer sur des décisions qui peuvent changer la face du monde, et sur le sort de milliers d’autres vies. Une pièce politique mais surtout très humaine, à voir d’urgence.

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Au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 13 octobre

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