Les barbelés : Extinction de voix
Scène

Les barbelés : Extinction de voix

Après le succès de J’accuse en 2015 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, la dramaturge Annick Lefebvre est de retour, cette fois-ci au Théâtre de Quat’Sous, avec Les barbelés, une pièce présentée l’année dernière à La Colline, théâtre national à Paris, sous l’invitation de Wajdi Mouawad. 

Et si tout le monde portait en soi des barbelés? Au creux de son ventre, comme un rappel de notre parole privilégiée, un petit bout de barbelé bien vautré qui n’attend qu’à grandir jusqu’à s’installer bien confortablement dans la bouche pour finalement coudre les lèvres et obliger le silence. Voici la réalité dystopique dans laquelle nous convie Annick Lefebvre pour la durée du spectacle, une réelle course contre la montre.

Seule au centre d’une cuisine arrachée au réel, Marie-Ève Milot interprète sans broncher ce solo corporel de plus d’une heure, portant une parole tantôt indignée, tantôt désolée, mais jamais tue. Si, rapidement, ses adresses au public sont soulignées par une urgence de dire, la première moitié de la pièce se présente sous le thème de l’abasourdissement, voire du déni, tentant de cerner le moment déclencheur d’une telle fatalité. Petit à petit, le tout laissera place à une hargne, voire une rage certaine, un flux de parole tantôt vindicatif, tantôt introspectif qui se déversera dans une célébration d’une liberté d’expression qu’on désire souligner – peut-être à trop gros traits – comme un privilège, un luxe.

photo Simon Gosselin
photo Simon Gosselin

La mise en scène d’Alexia Bürger parvient au départ à jouer brillamment avec une proposition corporelle pour Marie-Ève Milot, la partition se retrouvant essentiellement dans le mouvement, voire même l’absence de mouvement, pour éviter de frotter ses barbelés qu’elle porte en elle. Mais plus on avance dans cette représentation, plus le texte désire tirer partout et nulle part à la fois, et plus la mise en espace perd en finesse et gagne en graphisme. Le sang coule d’entre les lèvres de Milot, alors que cette dernière met à mal la cuisine, comme si lancer une spatule pourrait restreindre la course effrénée des barbelés.

Si tant le dispositif que la livraison nous semblaient prometteurs au début de la représentation, force est d’admettre qu’on quitte cette pièce avec un sentiment que cette dernière s’est éparpillée. Comme si dans une trop grande volonté de dire quelque chose, on avait oublié quoi en particulier et on avait plutôt tenté d’embrasser tout. Si la langue d’Annick Lefebvre, comme toujours, séduit brillamment par moments, on ne peut dire qu’elle est ici dans sa plus grande forme. Mais on sait très bien qu’on saura la retrouver très bientôt.

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Au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 26 septembre 2018

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