Homo sapienne au FIL : L'autre vie des récits
Scène

Homo sapienne au FIL : L’autre vie des récits

Homo sapienne nous est arrivé au Québec par la traduction de la maison d’édition La Peuplade en 2017. Le premier roman de la Groenlandaise Niviaq Korneliussen, publié initialement en 2014, est comme qui dirait un phénomène littéraire. Les échos de la presse sont assez unanimes. C’est un roman qui nous habite et son succès ne se dément pas, même aujourd’hui.

Le roman polyphonique, un plongeon à l’intérieur de soi, donne la parole à Fia, Inuk, Arnaq, Ivik et Sara. Sous la plume crue et féroce de Niviaq Korneliussen, ces cinq jeunes traversent leurs questionnements identitaires et sexuels dans une tentative acharnée d’être eux-mêmes et surtout d’aimer qui ils veulent, naviguant entre les préjugés, le poids des histoires familiales et sociales et leurs propres peurs.

Un cri générationnel court entre ces pages «où Fia découvre qu’elle aime les femmes, Ivik comprend qu’elle est un homme, Arnaq et Inuk pardonnent et Sara choisit de vivre». Le contexte socioculturel est celui d’un vaste territoire fermé sur lui-même, aux tabous cancérigènes. Dans l’un des chapitres, Inuk exprime pour lui ce que c’est d’être un Groenlandais: un alcoolique violent envers sa femme et ses enfants, un menteur, un être dépourvu d’estime de soi.

photo Maxime Cormier
photo Maxime Cormier

La honte et la colère déferlèrent dans ces pages et c’est lors d’une mise en lecture d’Eric Jean dans le cadre du Festival international de littérature (FIL) qu’on rencontre à nouveau ces personnages. Ou pour la première fois pour ceux qui comme moi n’ont pas encore lu ce roman acclamé. On les rencontre d’une autre manière, dans un face à face qui sort l’histoire de son objet textuel, dans sa pleine incarnation et la rend peut-être encore plus universelle qu’avant.

Eric Jean fait preuve d’une grande écoute face à l’œuvre et réussit à transmettre ce mélange entre vulnérabilité et déraillement de ces personnages cassés, profondément scarifiés. Il y a une certaine difficulté à adapter à la lecture un texte qui n’est pas destiné à être lu, en comparaison avec un texte théâtral.

Le metteur en scène a su trouver un rythme juste entre les fragments de ces cinq chapitres. Une chose est sûre, ça les rapproche davantage de nous, peut-être grâce au travail avec l’auteure Marie-André Gill pour présenter le texte dans un français québécois. Malgré quelques moments d’une perte de connexion spectateurs-comédiens, on arrive à voir prendre vie les personnages de Niviaq avec les caractéristiques propres à leur génération, une génération connectée et en même temps en perte de repères.

photo Maxime Cormier
photo Maxime Cormier

La scénographie dans laquelle évoluent Sophie Desmarais, Soleil Launière, Etienne Lou, Jade-Mariuka Robitaille et Émilie Gilbert, donne une impression d’un constant party. Etienne Lou est profondément touchant dans sa séquence de danse où l’on se rend compte que parfois, les mots sont superflus. Sur scène, il y a également un musicien et une chanteuse. Celle-ci et Soleil Launière interprètent les cinq chansons évoquées dans Homo sapienne. Ces moments ponctuent la prise de parole des comédiens et ajoutent une touche lumineuse d’espoir qui nous fait croire que ces personnages iront bien.

Homo sapienne a été présenté le 29 septembre dernier à la Cinquième salle de la Place des arts dans le cadre de la 24e édition du Festival international de littérature. 

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