Karine Ledoyen : universelle fragilité
Scène

Karine Ledoyen : universelle fragilité

Dans sa nouvelle création, De la glorieuse fragilité, présentée à l’Agora de la danse dès le 28 novembre, Karine Ledoyen s’interroge sur les fins qui ne sont que de nouveaux commencements. Un spectacle qui réfléchit au métier de danseur et à ces moments de vulnérabilité où tout est possible.

Avant la création, il y a eu l’envie d’appliquer une démarche documentaire à la danse et d’explorer un sujet, celui de la fragilité. Ce que la fondatrice de la compagnie Danse K par K entend par là, c’est ce moment «de failles et d’échecs», inévitable pour tout un chacun.

La danse étant le milieu qui lui est le plus accessible, elle a rencontré une vingtaine de danseurs qui ont quitté la scène professionnelle et dont les témoignages ont servi de point de départ à la dramaturgie et au matériel chorégraphique. Elle a interrogé autant des interprètes de ballet, de danse contemporaine que de danse sociale. «C’était très intime à chaque individu. Ce qui en ressort, c’est vraiment cette idée de célébrer la danse. Oui, ils ont quitté la scène professionnelle, mais il n’y en a pas un qui m’a dit qu’il n’était plus un danseur. Cette parole-là, je l’ai trouvée belle.»

En effet, la chorégraphe n’a pas trouvé le deuil auquel elle s’attendait lorsqu’on quitte par choix ou non le métier qui nous définit. Les raisons sont multiples, assure-t-elle, et ne sont pas toutes reliées au corps même si cela peut être évidemment l’un des motifs. L’usure du corps, la grossesse chez les femmes ou les relations interpersonnelles peuvent autant être des éléments déclencheurs. «J’ai quand même essayé de ne pas tomber dans les choses pathétiques. Ce que je retiens surtout, c’est les raisons pour lesquelles on fait ça, car c’est si prenant de faire la danse et en même temps si galvanisant. C’est ça que j’ai envie de partager avec les spectateurs.»

Le réel et la fiction

Bien qu’elle ait été une porte d’entrée, la partie documentaire n’est pas l’élément central de la création. «Tout au long du spectacle, on va entendre ces voix-là, ça devient une texture sonore. Ça va devenir des thèmes, des clés de compréhension pour la danse qui peut être plus difficile à saisir. Ce n’est pas un projet de médiation culturelle non plus. Je pense que la poésie est là et que ça va au-delà de la danse.»

photo David Cannon
photo David Cannon

Karine Ledoyen réfléchit à sa pratique artistique, mais est consciente d’aborder un sujet universel et dans lequel on peut facilement se reconnaitre. «Ce projet est beaucoup plus large que la danse. Les questions que les danseurs se posent lorsqu’ils sont en transition, ce sont des questions que tout le monde se pose. On est tous toujours en train de finir et de débuter quelque chose.»

Temporalité multiple

De la glorieuse fragilité est une métadanse selon Karine Ledoyen: une réflexion sur la danse par la danse. Ce qui rend la chose complexe surtout pour les quatre interprètes de la pièce: Elinor Fueter, Jason Martin, Simon Renaud, Ariane Voineau. «Entendre le discours de gens qui quittent la danse, ce n’est pas ça qu’ils ont envie d’entendre. Ce n’est pas une question qu’on a envie de se poser quand on est en train de danser. C’était vraiment délicat, mais en même temps très riche.»

Le processus était paradoxal, mentionne la chorégraphe dont le rôle a été de trouver un lien entre les danseurs sur scène et les témoignages. «Dans le même espace-temps, on parle du passé, du présent, et également du futur, parce que c’est sûr qu’en entendant certains extraits sonores, je me demandais si c’est ce qui attendait ces danseurs en train de danser devant moi.»

Être fragiles ensemble

Pour ce spectacle, Karine Ledoyen relève une fraternité qui découle peut-être d’une réalité et d’enjeux partagés. Sans que ce soit une œuvre collective, elle accorde énormément de place aux danseurs et aux collaborateurs. Même si elle n’est pas sur scène, elle «partage sa voix avec les danseurs».

Cette fragilité – dont Karine Ledoyen doute encore que ce soit le bon terme – est mise en scène avec un mélange de liberté et d’ouverture accordées aux interprètes qui ne sont pas restreints par la chorégraphie. «Ce qui m’intéresse, c’est le point de friction entre la danse écrite et l’accident. Je suis assez fascinée par l’organisation du corps du danseur principalement quand il est en train de se réorganiser face à quelque chose qui n’est pas prévu.» Ils devront composer avec «des électrons libres» qui les pousseront à être vulnérables, à composer avec un risque, à parfois créer dans le temps présent du spectacle, à être à l’écoute.

Karine Ledoyen devient elle-même vulnérable et discrète lorsqu’elle mentionne à demi-mot le risque que représente cette création pour elle. «À travers tous les témoignages, je me reconnais un peu, mais je ne pense pas avoir arrêté ni débuté la danse. C’est mon métier et je baigne dans ça, je n’ai pas eu de rupture à tout casser ou dramatique. Pour moi, ça a toujours été des glissements d’une étape à une autre.»

Et cette nouvelle étape lui parait angoissante, mais remplie de poésie et de beauté, ce qu’elle espère transmettre à son public.

De la glorieuse fragilité
Agora de la danse
28 novembre au 1
er décembre

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