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La Queens' : guerre de territoire
Scène

La Queens’ : guerre de territoire

La Queens’, c’est un héritage familial controversé, un regard de l’auteur Jean Marc Dalpé sur la construction de l’identité, le déracinement et la notion d’appartenance.

Suite au décès de leur mère, deux sœurs doivent décider de ce qu’elles feront de l’hôtel-môtel La Queens’, au nord de l’Ontario, dont elles sont copropriétaires. Si Sophie tient absolument à garder l’établissement en vie, Marie-Élizabeth veut quant à elle le vendre au plus vite. Cette division au sein du clan familial, opposant deux visions particulièrement divergentes sur la question de la transmission, présente des thèmes prisés et récurrents dans l’écriture de l’auteur franco-ontarien Jean Marc Dalpé, qui situe l’action dans sa province natale.

«Une des façons dont je formule la question au cœur de la pièce, c’est de demander si je suis qui je suis à cause de mon passé, de ma famille, d’où je viens, ou si je suis qui je suis parce que je me suis affranchi de mon passé et que je suis allé à la rencontre de l’autre. Je pense que dans la vie, on a tous à gérer cette question-là; si je dis que je me détache trop de mon entité familiale, de mes premiers amours, de mon pays natal, je me perds… Ça lève de terre et ç’a n’a plus de racines. Mais si je me referme et refuse l’autre, si je n’explore pas et je ne m’affranchis pas de ce giron-là, ça peut aussi être mortifère et m’empêcher d’évoluer, de grandir». Marie-Thérèse Fortin, Alice Pascual, Dominique Quesnel, David Boutin et Hamidou Savadogo formeront deux clans distincts en prenant position sur l’avenir du môtel.

Jean Marc Dalpé retrouve le metteur en scène Fernand Ranville pour une troisième fois – il y a eu Trick or Treat en 1999 et Août, un repas à la campagne en 2006 – ainsi que Jean-Denis Leduc, à la direction artistique, qui a suivi l’évolution du texte depuis le début du processus d’écriture. «C’est peut-être parce que je suis quelqu’un du théâtre, pas juste un auteur, mais j’aime bien laisser toute la place à l’équipe de production pour qu’ils prennent le texte et qu’ils en fassent ce qu’ils veulent. Une fois que le projet est lancé, j’aime laisser le texte entre leurs mains et me laisser surprendre».

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Sur la route

L’année à venir sera bien remplie pour Jean Marc Dalpé; l’aventure du Wild West Show de Gabriel Dumont se poursuivra en 2019, avec une mouture adaptée pour transporter le spectacle en région. Outre Montréal, la création a déjà visité Ottawa, Winnipeg, Québec et Saskatoon au cours des deux dernières années.

«Comme l’histoire implique quatre communautés (autochtone, métis, anglophone et francophone), on a essayé de conserver cet esprit-là partout, dans toutes les étapes de production. C’était comme ça avec les auteurs, avec les comédiens sur scène, avec la production de la scénographie et des costumes; on a essayé que toutes les voix, les regards et les points de vue soient autour de la table et en salle de répétition. On publie en français avec Prise de parole, à Sudbury, la maison d’édition avec qui je travaille souvent, et une maison d’édition en Saskatchewan, Coteau Books, qui va se charger de la version anglophone».

Il montera également sur les planches pour Jack, une pièce de Marie-Pierre Proulx, directrice artistique et codirectrice du Théâtre du Nouvel Ontario, à Sudbury, depuis octobre 2017. Jack a été présentée en ouverture de la saison 2018-2019 du TNO et fera quelques dates ailleurs en province, en plus d’un arrêt potentiel à Montréal.

Attaché à son identité franco-ontarienne, Jean Marc Dalpé se réjouit de la relève artistique dont Marie-Pierre Proulx fait partie, faisant écho aux propos de René Lévesque à l’égard des francophones hors Québec en 1968 ou, plus récemment, à l’absence de considération du gouvernement Ford pour ceux-ci. «La réalité, c’est que cinquante, soixante ans plus tard, on est encore là, et une nouvelle génération est là, prenant les rênes des institutions. Il y a des auteurs qui écrivent, des comédiens qui jouent, des chanteurs qui chantent. On n’est pas à la veille de disparaître».

Du 15 janvier au 23 février
Au Théâtre La Licorne