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L'homme de Hus : La beauté du désastre
Scène

L’homme de Hus : La beauté du désastre

Ce spectacle était destiné à mourir, et pourtant son créateur en a décidé autrement. Première création en carrière de Camille Boitel, L’homme de Hus est pour lui la mise à nu de la première fois, «une tentative de suicide» dans laquelle il a tout mis de lui-même. Presque 20 ans plus tard, il la reprend et nous la présente de ce côté-ci de l’Atlantique.

Les premières créations sont dotées d’une honnêteté franche, sans concessions, peut-être parce qu’on ne sait jamais si elles vont survivre au temps. L’homme de Hus et son petit traité autour de la fragilité et de la catastrophe ont bien survécu. Une histoire, entre le cirque et le théâtre, construite sous la forme de neuf chapitres qui se racontent toujours autrement.

«C’est l’un de ces spectacles qui n’a pas vraiment d’histoire. Il y avait un corps, des objets, des échanges de sensations. Il y avait aussi ce rituel quand on est ensemble dans une salle et qu’il y a des décharges électriques de tout le monde qui sursaute ou qui rit en même temps.»

Camille Boitel est créateur du spectacle, mais aussi le seul interprète sur scène. Il livre une pièce tragique qui intègre dans son procédé de narration tous les styles comiques pour donner lieu à un étrange combat – jusqu’au sang – entre un homme et ses tréteaux de bois. Une situation désespérée dans laquelle l’artiste pointe une certaine beauté. «Je trouve ça très touchant les gens qui sont victimes de ce qui leur arrive et qui n’ont pas le contrôle des choses, plutôt que ceux qui sont forts, qui montrent leur force et qui soumettent la matière.» Tout le contraire du cirque traditionnel qui valorise la maitrise, selon lui.

Expérience collective

Mais il existe un sentiment de risque sous-jacent dans la relation entre le personnage sur scène – souvent fragile – et les spectateurs. Une relation primordiale et vibrante, dont l’importance transcende les mots de l’artiste. «J’aime beaucoup me sentir connecté aux ventres des spectateurs, c’est-à-dire que j’aime qu’ils se sentent dans le même déséquilibre que moi. Ça détermine beaucoup l’écriture.» Le risque est dans l’empathie que l’on ressent devant de ce qui nous émeut.

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photo : Olivier Chambrial

L’expérience d’interprétation est aussi très éprouvante pour le corps. «On se déchiquète un peu les jambes, on s’égratigne. Quand on sort de là, on a avalé de la fumée, de la cendre. Il y a plein de moments où je me fais des croûtes qui se mettent à saigner. En même temps, je les recouvre de cendre pour les sécher, donc il y a tout un processus de cicatrisation dans le spectacle.»

Sans cette relation, il n’y aurait pas ce ballet émotionnel qui caractérise L’homme de Hus. Dans cette multitude d’histoires, le rire côtoie aussi bien les larmes et les situations s’imbriquent comme des poupées russes. Camille Boitel est réticent à décrire le spectacle, ou plutôt à l’enfermer dans une définition donnée à la journaliste que je suis. «Je pourrais vous dire des choses précises, mais le problème c’est quand je commence à raconter, je me dis: «mince, ça ferme le regard.»»

Les corps-objets

Les objets présents sont beaucoup porteurs des émotions véhiculées. Les morceaux de bois deviennent «accessoire, décor et personnage». Le protagoniste fait corps avec ses tréteaux et disparaît pour les laisser émettre leur effet. «Je n’aime pas particulièrement les objets dans ma vie, mais c’est vrai que sur la scène, j’aime bien parce que lorsqu’on porte un objet, les gens en sentent le poids, ça les implique physiquement. C’est toujours cette idée de contagion physique.»

Un spectacle avant-gardiste

Avec ce retour aux sources, Boitel déterre quelque chose, qui dans les faits, a très peu changé au niveau de la forme et du contenu. «C’est un vieux spectacle qui parle d’une chose encore plus vieille, un peu archéologique.»

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photo : Olivier Chambrial

Les regards ont évolué, avance l’artiste, sans doute parce que L’homme de Hus échappait aux catégories de son époque. «Un spectacle comme ça, ça correspond plus à une esthétique de la catastrophe, du déséquilibre, de la chute, qui aujourd’hui est très répandue dans le cirque contemporain et qui à l’époque n’existait pas du tout. Je pense que ce n’est pas le même choc.»

Aujourd’hui, Camille Boitel voit en cette création son rêve de spectateur. «C’est l’une des plus belles partitions que j’ai vécues en tant qu’interprète. Je passe par neuf situations complètement différentes. Ça donne l’impression de passer toutes les facettes de soi-même en tant qu’acteur de l’instant.»

L’homme de Hus
Au Théâtre La Chapelle
du 11 au 16 février

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