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Fanny et Alexandre : les fantaisies salvatrices de l'enfance
Scène

Fanny et Alexandre : les fantaisies salvatrices de l’enfance

L’adaptation théâtrale du film d’Ingmar Bergman par Sophie Cadieux et Félix-Antoine Boutin est un hommage à l’art, au pouvoir de l’imagination au service de la rébellion.

Les parents d’Alexandre, Émilie et Oscar Ekdahl, comédiens, dirigent un théâtre et font de la scène leur second lieu de vie. La mort subite d’Oscar, dont le dernier souhait est que tout demeure tel quel après sa disparition, chamboule l’univers de la famille Ekdahl et de leur vie au théâtre. Émilie trouvera réconfort dans les bras de Vergerus, un évêque rigide et oppressant, abandonnant ainsi le théâtre et s’éloignant drastiquement de son entourage.

La coupure est nette entre la vie d’autrefois et la routine austère qui s’en suit, contrôlée par l’homme de foi. Alexandre est attentif au monde des adultes; s’il y vit des moments tendres et sincères, entouré de sa famille, c’est aussi grâce à lui qu’il apprend à mentir et mêler fiction et réalité. Sous le règne autoritaire et inflexible de Vergerus, où Dieu est le seul guide possible, l’enfant utilise son pouvoir imaginatif pour provoquer son beau-père et défier l’ordre établi. Là réside toute la beauté de cette adaptation de Sophie Cadieux et Félix-Antoine Boutin: même captif d’un monde étouffant, l’esprit peut résister et se libérer par l’art, l’imagination et la création.

Rosalie Daoust, Gabriel Szabo / crédit: Gunther Gamper
Rosalie Daoust, Gabriel Szabo / crédit: Gunther Gamper

Si Alexandre est assez futé pour confronter Vergerus et réfléchir au monde parfois déroutant dans lequel il est plongé, il n’en demeure pas moins un jeune garçon qui craint la visite de fantômes et qui se crée un univers fictif insolite dans lequel il peut être roi. L’enfant parle par moments de lui à la troisième personne, un choix de mise en scène judicieux qui permet au personnage de se distancer des situations difficiles. Ceux qui entourent Alexandre sont tous travaillés à merveille: l’intensité et la ferveur de vivre d’Isak et Gustav Adolf (Luc Bourgeois et Ariel Ifergan) sont réjouissantes; la bienveillance, la sensualité et la douceur de la grand-mère du garçon (Annette Garant) en font un magnifique personnage et la mère (Ève Pressault) est complexe, tiraillée entre obligations morales et désir.

La scénographie offre de nombreux lieux, imaginaires ou non, passant d’un cadre restreint à l’utilisation de tout l’espace possible. La scène cauchemardesque entre Alexandre (Gabriel Szabo) et le devin Ismaël avec des voix superposées et un éclairage à la pellicule est pour sa part fort réussie. Peut-être est-ce simplement la grandeur de la salle Denise-Pelletier qui pousse à vouloir amplifier les ambiances sonores, mais le volume est parfois excessif pour de simples transitions ou des moments-clés de la pièce, ce qui semble vouloir un peu trop forcer l’émotion. Rien, cependant, susceptible de gâcher la féerie qui se déploie sous nos yeux.

Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 23 février

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