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who we are in the dark : la musique d'Arcade Fire, la danse de Peggy Baker
Scène

who we are in the dark : la musique d’Arcade Fire, la danse de Peggy Baker

On a rencontré la grande dame de la danse Peggy Baker, en compagnie des deux membres du groupe Arcade Fire Sarah Neufeld et Jeremy Gara qui l’accompagnent sur scène dans son nouveau spectacle who we are in the dark.

Voir : Comment a débuté votre collaboration pour who we are in the dark ?

Peggy Baker : En 2015, j’ai été invitée à faire une pièce pour le festival Dance North à Toronto. J’avais déjà pris ma retraite alors je me suis dit que si j’acceptais, il fallait que ce soit quelque chose de nouveau, de différent. Sinon pourquoi est-ce que je reviendrais? Il fallait que je travaille avec une personne plus jeune, une femme du monde du rock et c’est là où j’ai rencontré Sarah [Neufeld]. Donc on a monté Fractured Black et j’ai adoré ça. Les premières paroles étaient « who we are in the dark » et je suis tout de suite tombée amoureuse! Ça a été le point de départ de la nouvelle création.

Voir : Vous évoquez le monde de la nuit dans cette pièce, pourquoi avoir choisi ce sujet?

P. B : Je pense qu’on a seulement deux réalités, le jour et la nuit. La nuit, c’est une idée vaste qui donne vraiment beaucoup de matière à travailler. J’ai voulu creuser à l’intérieur de ce sujet, m’interroger sur les sentiments de confusion, de perte et de deuil.

Sarah Neufeld : C’était un point de départ vraiment riche. On s’est questionnés sur l’égo, le non-égo, sur ce que nous sommes quand on abandonne toutes les idées qu’on a à propos de nous-mêmes. Dans la vie quotidienne, on montre seulement la partie visible de l’iceberg. Finalement, le thème de la nuit, ça a été une idée qui n’a jamais cessé de grandir.

Voir : Et cette thématique a aussi inspiré la musique?

S. N : Oui, énormément. Dans ce projet, ce qui m’a inspirée, bien plus que les idées ou le texte, c’était le fait de voir les danseurs travailler les chorégraphies. Le fait d’avoir autant d’informations visuelles, ça m’a vraiment aidée dans mon processus créatif. J’ai transformé ce que je voyais en musique.

Voir : La lumière semble indispensable dans cette pièce…

P. B : C’était très important pour moi d’avoir une signature visuelle riche. L’obscurité change notre manière de percevoir le monde, elle est une force en soi, elle a une dynamique, une forme, un tempo. On a eu un grand concepteur lumière, Marc Parent, avec qui je travaille depuis 30 ans. Il a été indispensable dans cette création pour que je comprenne le rendu de mon travail. Ensemble, on a discuté de tous les aspects de la création, je ne prenais aucune décision toute seule.

Danseurs : David Norsworthy, Kate Holden / Crédit : Jeremy Mimnagh

Voir : Dans cette création, plusieurs éléments scéniques sont mis en lumière : la musique, la danse, mais aussi les arts visuels. Quelle place avez-vous voulu donner à cet art?

P. B : Je voulais des projections et un espace scénique étoffé. Je voulais quelque chose qui me touche personnellement aussi alors j’ai pensé au travail de John Heward, que je suis depuis très longtemps. J’ai toujours été saisie par son travail qui a été une véritable source d’inspiration pour moi. Dans ses œuvres, il y a un aspect de lésion, de sali, de morceaux en lambeaux qui sont, je trouve, une belle métaphore de l’individu.

Dans who we are in the dark, les draps pendent et bougent, ils interfèrent avec l’espace pour créer une dimension originale pour la danse. Les chutes de tissus se combinent aux projections de Jeremy Mimnagh et créent des barrières visuelles vraiment intéressantes.

Voir : Peggy, vous avez travaillé deux ans et demi pour monter cette création. Par quoi avez-vous commencé le processus de création? 

P. B : J’ai commencé par le mouvement avec trois danseurs seulement, puis il y a eu l’ajout de la musique, et l’inspiration pour l’éclairage et les projections est venue ensuite. On a débuté par la chorégraphie pour ce travail, mais maintenant ce n’est plus de la danse. Tout les éléments sont au même niveau d’importance. C’est à la fois un concert du début à la fin, une exposition d’art visuel et une œuvre chorégraphique ; le tout contenu dans une grosse création (rires)! Maintenant, c’est impossible de séparer les éléments, ils forment un tout. C’est vraiment une création interdisciplinaire.

Voir : Quelles ont été vos inspirations pour la chorégraphie?

P. B : Je ne danse plus maintenant alors j’utilise seulement mes yeux et mon imagination. J’aime aussi m’inspirer du langage alors j’utilise du texte pour créer avec les danseurs. J’ai réuni une panoplie de littérature, de poésie, de philosophie, de psychologie, de science qui évoquaient la noirceur puis j’ai choisi des courts extraits que j’ai proposés aux danseurs. J’amène ce langage et je commence à imaginer un monde d’action. Puis le langage s’efface petit à petit. Maintenant, il est complètement parti.

Voir : Sarah, Jeremy, quel a été le défi pour la danse et d’être complètement intégrés sur scène avec les interprètes?

S. N : On a travaillé pour la danse plusieurs fois il y a longtemps, mais c’est le premier projet à cette échelle avec quelqu’un comme Peggy. C’était un immense challenge, mais c’était aussi vraiment plaisant comme projet. J’ai déjà été sur scène avec de la danse, mais là c’est différent, il se passe énormément de choses en même temps. Tout le monde est vraiment impliqué et doit être conscient de ce qu’il se passe, chaque soir. On doit être dans la performance et non la réflexion.

Jeremy Gara : Personnellement, je n’ai jamais été au cœur de la danse. J’ai déjà composé pour la danse, mais je n’étais pas sur scène en train de jouer. Là, on doit vraiment s’imprégner de l’énergie des autres interprètes, de la soirée et du public.

Voir : Quelles réactions souhaitez-vous susciter chez le spectateur?

P. G : Je ne sais pas ce que je recherche comme réactions, j’offre la pièce et j’espère que les gens vont trouver des points de connexion. Je veux leur apporter une expérience et qu’après, ils soient contents d’avoir été présents. C’est pour ça que notre trio fonctionne bien, je pense. Nous ne faisons pas ça pour un but précis, nous n’avons pas besoin de défendre ce que nous faisons, c’est simplement notre travail et nous sommes chanceux de le faire.

Voir : Votre carrière solo a duré plus de 20 ans. Aujourd’hui, vous créez pour d’autres corps. Quelles différences avez-vous ressenties?

P. B : C’est complètement différent, j’ai l’impression d’être de l’autre côté du miroir. Je ne pensais jamais devenir chorégraphe. J’ai la chance d’avoir de merveilleux danseurs et je me sens un peu dépassée par ça. Ils abandonnent quelque chose pour se consacrer à mon travail et ça me choque. J’ai dansé au Théâtre Maisonneuve il y a trente ans et je ne croyais pas que je pouvais rester dans mon art sans danser. C’est tellement extraordinaire de pouvoir avoir ce projet! Soudainement, je peux rêver à un autre monde.

who we are in the dark
jusqu’au 2 mars au Théâtre Maisonneuve
www.dansedanse.ca

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