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Phenomena : S'humaniser
Scène

Phenomena : S’humaniser

Mercredi soir avait lieu la première de la nouvelle pièce d’Ismaël Mouaraki, Phenomena, présentée à l’Agora de la danse. Pour les 15 ans de sa compagnie Destins Croisés, le chorégraphe nous livre une œuvre géométrique et lumineuse.

Pénombre, lumière verdâtre et corps au sol. Le public est double ce soir et se place de part et d’autre du plancher de danse. Les stroboscopes surgissent et les basses rythmées marquent le tempo. Dans une vibrante tension, les corps se meuvent petit à petit, de micromouvement en micromouvement jusqu’à définir des angles corporels et des gestuelles saccadées très précises.

Une fois debout, les interprètes sont comme des robots qui explorent leurs possibilités anatomiques, du déplacement dans l’espace jusqu’à la descente au sol. Les cinq danseurs habitent les lieux diffus sous la lumière ambiante et attirent l’attention du spectateur par la précision et la dextérité de leurs mouvements.

Toujours dans la froideur, les artistes s’approchent du public et tentent, en vain, de toucher à l’humain, de retrouver un souffle ou de comprendre une autre espèce que la leur. La chorégraphie se fluidifie, les regards s’échangent et les éclairages magnifient les interactions.

Durant toute la pièce, la construction chorégraphique est vraiment intéressante. Les va-et-vient dans les unissons sont quasi invisibles, divisent l’espace et amènent le regard dans des lieux inattendus. On se laisse emporter par cette organicité des corps et ces unions subtiles et éphémères où l’alternance entre le relâcher et l’impact crée la poésie.

Dans un long processus, les interprètes apprivoisent le toucher, les portées et le ressenti. Dans de beaux solos, on découvre la personnalité de chacun, magnifiée par l’union entre la touche de danses urbaines et la réflexion contemporaine. La douceur et la fragilité chamboulent alors que ces êtres en communauté expérimentent de nouvelles expériences jusqu’à retomber dans l’autonomisation froide du quotidien, transformés.

Malgré quelques éléments plutôt prévisibles comme la succession des solos ou moins compréhensibles comme le changement d’univers sonores récurrents, Phenomena nous transporte au cœur de ses individus-robots qui apprivoisent un nouveau monde et s’humanisent devant nos yeux.

Phenomena
Jusqu’au 16 mars
à l’Agora de la danse

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