Shawinigan prend la mer
Scène

Shawinigan prend la mer

Raconter le périple de Mylène Paquette sur scène: c’est le pari de La promesse de la mer, une pièce présentée tout l’été à la Maison de la culture Francis-Brisson. Une belle partition solo qui nous amène en plein Atlantique…

C’est pas la femme qui prend la mer, c’est la mer qui prend la femme… En 2013, on avait pu suivre cette aventure maritime de 129 jours, celle qui avait fait de Mylène Paquette la première Nord-Américaine à traverser en solitaire l’océan Atlantique à la rame. Six ans plus tard, cette héroïne des temps modernes revient sur son périple dans un joli texte de théâtre, qu’elle a coécrit avec le romancier Bryan Perro.

Pas facile de mettre en mots et en scène cette aventure, qui a commencé à Montréal par des sacrifices personnels et professionnels pour ramasser l’argent nécessaire. S’ensuit la préparation du voyage, du bateau à la bouffe, puis enfin le grand départ et la traversée… Un récit complet qui évoque aussi bien les conditions pratiques du voyage que les états d’âme de l’aventurière et ses découvertes en route.

Seule face à la nature

Seule en mer, et seule en scène. C’est la comédienne Tammy Verge qui interprète ce solo marin, – et elle le fait avec brio. Elle garde le public en main pendant une bonne heure et demi, l‘interpellant parfois et improvisant au besoin.

Elle nous fait rire aussi – même si c’est parfois un peu poussé, mais bon, ça se veut léger comme du théâtre d’été -, ce qui ne l’empêche pas de nous amener ensuite dans des confidences touchantes et pleines d’émotion, notamment quand elle évoque son avortement ou sa famille. De l’émotion, il y en a beaucoup dans cette histoire véridique et plus grande que nature. Celle d’une femme qui a tout plaqué pour aller affronter sa peur, pour se retrouver seule face à la nature et, pire encore, face à elle-même.

Une aventurière moderne qui a quitté la terre pour se réaliser en mer, malgré l’envergue de son projet fou. On se heurte avec elle au sexisme des commanditaires démarchés ou au scepticisme de son entourage. La pièce lance donc une réflexion autour de la poursuite de ses rêves, le courage de s’affronter soi-même et l’importance d’oser vivre en grand (autant dire qu’on ressort tous de là on se demandant ce qu’on fait encore dans nos routines).

Tango et aquarium

Pas facile non plus de mettre en scène cette partition pour une rameuse, mais Pierre-François Legendre relève bien le défi. Au centre de la scène, une structure unique qui fait tantôt sofa, tantôt bateau. Les différents lieux et moments sont figurés par de simples effets de sons et lumières, soutenus par la solide performance de la comédienne.

Il joue des accessoires (un aquarium pour montrer l’effet des vagues) et des métaphores (le tango de l’ouragan Umberto). Et il y a l’écran, où sont parfois projetées des photos originelles du périple, au son d’enregistrements; on entend ainsi des conversations téléphoniques de l’équipe de Mylène Paquette ou encore le chant des baleines…

Cette promesse, c’est une jolie pièce d’été qui fait réfléchir et voyager. Et c’est l’occasion parfaite d’aller voir la magnifique et ancienne salle de la Maison de la culture Francis-Brisson, avec ses vieilles poutres et ses lambris. Un superbe écrin qui vaut le détour… Surtout quand il accueille des spectacles oxygénant comme cette Promesse de la mer. Une pièce qui montre que six ans plus tard, la traversée continue.

La promesse de la mer
jusqu’au 17 août

à la Maison de la culture Francis-Brisson – Shawinigan
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