Société

Montréal en campagne : Je m’accuse

Mercredi dernier, le chef de Nouveau Montréal, Jacques Duchesneau, a enfin admis avoir commis des erreurs de jugement lors d’une descente chez le clan Provençal en 1981. Après le remake de J’accuse! du RCM, arrive enfin la suite, le Je m’accuse! du chef. Du coup, le mensonge inventé en toute panique par son état-major, et livré de façon pathétique par le candidat Michael Polak, s’écrase comme une tarte à la crème.

«M. Duchesneau n’avait rien à voir là-dedans, ce n’était pas lui, il était ailleurs…», a lancé Polak, la semaine dernière, en l’absence de son chef qui s’était accordé deux jours de congé (courage, fuyons…). Se pourrait-il que la Commission de police se soit trompée sur l’identité du policier à blâmer? demandais-je dans ma chronique de la semaine dernière.

Hé non: il s’agissait bien de Jacques Duchesneau lui-même.

Ce qui m’amène à poser une autre question: Exercer le métier de politicien demande-t-il un diplôme, obtenu après avoir réussi un test de qualification?
Si l’on en juge par l’attitude de Jacques Duchesneau, la réponse est Non!

Deux de pique
Etre député ou conseiller municipal est probablement le seul métier à soixante mille dollars et plus (un peu moins dans le cas de conseiller) où la médiocrité est tolérée chez la majorité, voire de rigueur. Sur le bulletin de candidature, il doit être inscrit sous la rubrique Exigences: «Etre insignifiant serait un atout.»
N’importe quel taouin capable de donner la main et de se taire quand le chef le demande peut faire de la politique. Il suffit d’avoir la langue brune, et d’être dans le bon parti au bon moment pour être élu. D’ailleurs, les partis politiques ont grand besoin de ce genre de candidats, pour faire approuver par le plus grand nombre les décisions prises au sommet. Une question d’apparence de démocratie.

La récente affaire Duchesneau nous apprend à quel point les médiocres pullulent dans la profession.

Tout d’abord, au RCM, avec l’intervention du candidat Dan Philip, à l’origine de toute la bébelle. Invoquer quasiment l’ONU pour une banale erreur professionnelle… Qu’avait-il en tête? Croyait-il que les électeurs étaient cons au point de voir en Duchesneau un Juste parmi les Justes? Duchesneau était policier, pas pâtissier! On ne pouvait tout de même pas lui reprocher d’avoir confondu deux sortes de levure. Quand on est policier, c’est le genre de bévues professionnelles auxquelles on est exposé, comme oublier son badge sur le comptoir du Dunkin Donuts. Ça aussi, c’est une erreur professionnelle possible chez les policiers, mais c’est plus rare.

Crier à la dictature appréhendée comme l’a fait le candidat du RCM, c’était prendre les citoyens pour des cons. Ça permet de douter de la qualité du jugement de M. Philip.

Autre deux de pique: Michael Polak, le conseiller de Nouveau Montréal envoyé au front pour défendre l’intégrité de Duchesneau. Un pleutre. Quand on vous accuse de violer, à la serbe, la déclaration des droits de l’homme, la première réaction à ne pas avoir, c’est de se mettre sur la défensive. L’accusation était tellement grosse… Or, devant les journalistes, M. Polak avait l’air d’un gamin pris la main dans le sac à bonbons au magasin. Il aurait été un saboteur à la solde du RCM qu’il n’aurait pas fait mieux. Incapable d’aligner trois mots cohérents consécutifs, Michael Polak est allé même jusqu’à faire des procès d’intentions aux journalistes, pour finalement laisser tomber: «Ah, pis, pensez ce que vous voulez, je m’en fous.» Et, désespoir de cause, il avait tort sur toute la ligne.

En politique fédérale ou provinciale, il y a suffisamment de talents dans le parti pour se passer des incompétents en avant-scène et sur le terrain médiatique. Des gars comme Polak ou Philip restent sur le banc, ont la langue brune, et agitent la main quand le chef le demande. Mais au niveau municipal, la compétence manque, et on doit se rabattre sur les deux de pique.
Les partis municipaux sont comme les Expos: ils sont pognés pour envoyer un F. P. Santangelo au bâton en onzième manche avec trois hommes sur les buts. Avec le résultat qu’on connaît.