

Les radios étudiantes collégiales : Ondes positives
Depuis la création des cégeps en 1967, les étudiants ont, sporadiquement mais systématiquement, ressenti le besoin de s’inventer une radio. Et l’Association des RadioDiffuseurs Étudiants Collégiaux du Québec s’emploie, depuis un an, à rallier tout ce beau monde. Ça bouge sur les ondes!
Richard Lafrance
On peut dire que les radios étudiantes collégiales, certaines éphémères, et d’autres mieux implantées, n’ont pas toujours eu la vie facile. Les budgets fluctuants de leurs associations étudiantes, l’abandon progressif des activités parascolaires sur les campus, l’avènement de MusiquePlus, la domination des radios commerciales et Internet y sont tous pour quelque chose. Malgré tout, la passion de leurs organisateurs et animateurs a su les maintenir en vie, et les ennoblir au fil des années.
Toujours à l’image de ceux et celles qui les font – curieuses, téméraires et éclatées -, la programmation qu’elles diffusent le long des corridors, cafétérias, cafés et salons étudiants a parfois la chance de mûrir pendant quelques saisons, ou alors, renaît de ses cendres chaque année pour la rentrée de septembre, avec de nouveaux bénévoles pour la porter à bout de bras… Les plus persévérantes se sont taillé une réputation en se créant un auditoire fidèle, avec des émissions variées et de qualité.
Parmi celles-ci, Radio Orage-Vieux Montréal a été fondée presque de toutes pièces par le regretté Simon Galipeau, au début des années quatre-vingt-dix (il y a apporté son propre système de son!); il est par la suite devenu gérant de GrimSkunk et fondateur des Disques Indica et de CJRA-Ahuntsic, qui, depuis trois ou quatre ans, lorgne du côté de la bande MF.
A un niveau plus modeste, CRSL-Saint-Laurent et Radio Virus-Édouard-Montpetit – qui a vu naître GrimSkunk et Groovy Aardvark, puisque Vince y a ouvré -, deux petites radios qui diffusent quand même sur tout le campus, servent souvent de modèles. Dotées de comités d’écoute responsables, leurs auditoires s’avèrent des plus respectueux, et certaines de leurs émissions s’élèvent bien au-dessus de la moyenne. En région, les radios des cégeps de Limoilou, Sherbrooke, Granby et Saint-Jérome sont réputées pour leur organisation.
Mais l’ensemble de ces heureux radiodiffuseurs – heureux, dans le sens où ils échappent aux normes du CRTC, et n’ont pas de quotas imposés- ont souvent cruellement manqué d’organisation, de formation et de structure à moyen et long terme. Un vide qu’Ugo Cloutier cherche à remplir.
L’A.R.D.E.C.Q. à la rescousse
Dans le sillon de Galipeau, Ugo Cloutier, fondateur de la radio de Mont-Laurier, et ex-animateur à CJRA, a pris la relève à Radio Orage, en tant que coordonnateur, en 1997. Plus que sensible aux problèmes inhérents au circuit des diffuseurs étudiants, il a décidé d’étendre son champ d’expertise sur l’ensemble de la province en fondant l’A.R.D.E.C.Q., l’Association des RadioDiffuseurs Étudiants Collégiaux du Québec, qui célèbre son premier anniversaire ce mois-ci. Le projet a été mis sur les rails avec la collaboration d’Alex Gravel, ex-directeur du service de presse et des relations externes à Ahuntsic, et de Marie Lavoie, ex-directrice de la programmation d’Orage. L’A.R.D.E.C.Q. représente à l’heure actuelle une vingtaine des soixante-deux cégeps québécois, dont huit dans la région du grand Montréal.
«Le but premier du regroupement est d’établir un réseau de communication efficace entre les radios et leurs divers partenaires, explique Ugo Cloutier, ainsi que d’assurer une continuité dans chacune de ces stations. Un questionnaire qui a été rempli par les radiodiffuseurs étudiants démontre que tous jugent que l’information est trop rare; la radio du cégep de la Gaspésie et des Iles a répondu que c’était la première fois qu’elle recevait quelque chose!» L’A.R.D.E.C.Q. se défend bien d’intervenir dans les relations qui existent déjà entre les radios et diverses entreprises. Elle propose plutôt un service efficace de transmission de l’information, en plus de centraliser les envois de produits musicaux – Ugo effectue des collectes régulières dans les maisons de disques -, et offre de la consultation aux membres qui en font la demande, pour organiser des levées de fonds ou toute autre activité promotionnelle ou culturelle.
Juste une p’tite place…
L’A.R.D.E.C.Q. recherche ainsi une reconnaissance des médias étudiants à travers la jungle des médias en général, en offrant un réseau de diffusion structuré qui s’adresse directement à la clientèle étudiante de la province, c’est à dire les 17 à 25 ans. Elle publiera, d’ici la fin de l’année, son propre palmarès, une compilation des rapports de diffusion fournis par les membres, et c’est probablement cet aspect qui suscite le plus d’enthousiasme chez les producteurs et distributeurs de musiques dites émergentes. «L’intérêt principal d’un palmarès de l’A.R.D.E.C.Q, c’est qu’il constituerait un pendant à celui de l’ADISQ, un autre indicateur de popularité pour les groupes locaux», affirme Jean-Robert Bisaillon, directeur du Forum des musiques amplifiées. «L’A.R.D.E.C.Q. s’affiche beaucoup, avec des productions de spectacles (comme Basta au Medley, l’an dernier ), et elle est présente au Café Chaos tous les jeudis, ajoute-t-il. Du côté du Canada anglais, l’A.N.R.E.C., un regroupement de radios communautaires et étudiantes comparable, dont le palmarès est publié dans la revue nationale Exclaim!!!, fait du bon travail; les deux associations devraient d’ailleurs se concerter sous peu. La SODEC voit d’un bon oil sa participation au projet-pilote de diffusion dans les collèges de la région de Montréal, débutant avec des spectacles dans vingt-cinq cégeps de Montréal et de la banlieue cet automne.» Il semble qu’avec la tangente musicale assurément alternative et aventurière de ces radios, l’A.R.D.E.C.Q. s’impose comme un berceau potentiel de talent local, comme les succès de Caféïne et WD-40, en rotation forte dans la plupart des radios étudiantes ces jours-ci, en font foi.
Ugo Cloutier déborde de projets futurs pour l’A.R.D.E.C.Q., dont l’activation d’un site Internet pour rallier ses membres. Aussi, l’Association envisage d’enregistrer les émissions de ses cinq radios majeures, pour ensuite diffuser un best of sur l’ensemble des stations. Donc, beaucoup de travail accompli et encore énormément sur la planche de l’A.R.D.E.C.Q. pour les prochains mois. Je suis persuadé que vos oreilles les en remercient déjà…
Radio universitaire: autre mandat, autres mours
Sans grand besoin d’une association québécoise, puisque qu’elle bénéficie d’une grande autosuffisance, la radio universitaire se fait plus présente et se permet une approche plus accessible avec deux fleurons: CISM-Université de Montréal et CKUT-Radio McGill, sur la bande MF. «Ce n’est pas facile de nous tailler une place, car avec notre promesse de réalisation face au CRTC, on a des exigences beaucoup plus conformes à respecter que celles des collèges», note Olivier Lalande, directeur musical de CISM, que consultent régulièrement les radios universitaires en région qui visent également la bande FM. «Notre auditoire voudrait qu’on soit plus près des bars, du son commercial, alors qu’on a un mandat de différence, d’aide à la relève. Notre défi est de faire notre place dans la chaîne écolo-culturelle en nous rapprochant de notre auditoire.»