Extraits du journal d’un intime collaborateur de Pierre Bourque, 1er novembre 2015.
«Nous roulons sur l’autoroute Pierre Bourque no 3, depuis l’aéroport Pierre-Bourque, jusqu’à la Place du Lumineux Maire, pour rejoindre le Palais magistral, où l’Invincible Horticulteur nous a convoqués.
En route, mes pensées me ramènent à cette journée du 7 août 1994, dans cette salle mal éclairée de la rue Panet, avec ses murs beige et ses chaises Rubbermaid. Je revois la moustache de Jean Doré, pleine de broue à force de vociférer contre notre manque de loyauté. Pourquoi l’avions nous laissé tomber? Ne savions-nous pas que son naufrage signifierait notre naufrage à tous?
Mais que voulez-vous, nous n’avions pas pu empêcher la formidable montée de la technocratie, dont les cohortes dévastaient les rues de la ville une à une. Le peuple n’en pouvait plus. Pour sauver nos postes, nous avons fui nos responsabilités et avons rejoint les rangs du fonctionnaire Bourque, espérant que son populisme saurait nous garder au pouvoir.
Des fenêtres de la Salle des convocations du Palais magistral, on peut voir le majestueux Saint-Laurent avec, à l’horizon, les collines Bourquiennes, appelées naguère les Montérégiennes. Les Gobelins grandeur humaine qui trônent sur les murs nous rappellent les manipulés, les faire-valoir que nous sommes devenus sous la direction de cet illuminé.
Au bas du Palais magistral, on aperçoit la longue échancrure qui traverse le Vieux-Montréal, autrefois loti d’espaces publics et de vieux édifices commerciaux, désormais en voie de devenir la Grande Place Pierre-Bourque. Les murs de ces bâtiments seront bientôt convertis en fresques remémorant les grands festivals du Bac vert auxquels a participé le Lumineux Maire.
"La perspective sera superbe, commente l’Invicible horticulteur. Tu imagines, la grande place Pierre-Bourque, bordée de statues néoclassiques de grosses plantes figées en des poses héroïques? Comme à Bagdad en 1989, et à Bucarest en 1949!"
Nous ne savons pas si le maire est cynique, ou si c’est de la démence pure. Mais une chose est sûre: dans un cas comme dans l’autre, la Cité est promue à la déchéance, et les citadins, à la tragédie.» (A suivre.)
équipe Bourque
Comme le disait Jacques Parizeau, nous voilà pris comme des homards.
Le parti de Pierre Bourque s’est révélé être un mirage, et le maire, une vision. Nous sommes dirigés par un illuminé qui, seul sur son nuage, est prêt à adopter la stratégie de la terre brûlée pour atteindre son idéal mystique.
La dernière trouvaille de Pierre Bourque (changer le nom de son parti pour le sien) annonce rien de moins qu’un culte de la personnalité.
Il y a quelques années, Doré-le-technocrate a déchu Pierre Bourque de son poste de directeur du Biodôme, SA création, SON bébé, juste avant l’inauguration officielle du célèbre zoo intérieur. L’automne suivant, le jardinier s’est vengé en se présentant comme candidat à la mairie. Au lieu d’organiser une campagne électorale normale, Bourque nous a servi une allégorie biblique sur la lutte du Bien contre le Mal.
Le chef de Vision Montréal était alors apparu comme une victime. Or, on le sait, au Québec, on adore les victimes. Ce sont nos héros nationaux, nos Messies, nos Sauveurs. Dans ce contexte, les plus grands honneurs lui étaient dévolus, qu’importe les conséquences d’une telle nomination.
Une victime sacrifiée à l’autel de la technocratie. Une âme mystique. Une biographie pompier d’Anne Richer, qui aurait rendu Aragon jaloux. Des plantes, des animaux – la recette était complète pour accoucher du culte de la personnalité.
Le bourquisme a vu le jour.
Pierre Bourque n’a jamais eu l’intention de devenir maire, et il n’aurait jamais dû le devenir. Il aurait dû agir comme Jean Chrétien (un autre simple d’esprit au pouvoir), et faire la majorette pendant que, sous lui, des sous-fifres compétents dirigent les vraies affaires. Mais notre jardiner a refusé de s’écraser. Assis sur son trône, il a pris son rôle au sérieux et a fait le vide autour de lui, inconscient de son incompétence.
Résultat: Vision Montréal est devenue Équipe Bourque.
La folie du bourquisme, c’est l’orgueil de la volonté.