

Nous testons les cafétérias étudiantes : Estomacs fragiles, s’abstenir!
Si les universités sont censées nourrir l’esprit, elles se doivent aussi d’alimenter le corps convenablement. Nous avons donc envoyé notre critique resto sur la piste des cafétérias universitaires, royaumes du hot chicken et autres denrées du genre…
Robert Beauchemin
On dit que les institutions de haut savoir sont les nourritures spirituelles de l’Homme. Là, il sera introduit aux matières académiques, à la pensée et aux belles choses de l’esprit. Il y apprendra comment donner de la cohérence à ses idées, et à les défendre, ce qui n’est pas plus mal. Dans tous ces temples de la connaissance, la nourriture spirituelle va de pair – comme tout le reste – avec la nourriture corporelle. Nous sommes allés voir ce qu’on offrait à manger dans les quatre universités – ainsi que trois cégeps – et nous leur avons octroyé une note, le barème s’établissant comme suit: de 1 à 10, (de minable à excellent) pour la qualité générale de la cuisine (préparée par des sous-contractants), pour le décor, l’ambiance et la facilité de service, puisque toutes sont des «self».
Résultat? Hum… Il n’y a aucune note parfaite, ni même une qui s’en rapproche, ne serait-ce qu’un peu. Il y a de quoi se poser de sérieuses questions!
A la soupe!
Université Concordia
Pauvre Concordia. Etre l’université la plus cosmopolite de la ville, la moins catho, la moins «blanche», et posséder le triste record de la cafétéria servant la cuisine la plus infecte, dans l’ambiance la plus sinistre. Pourtant c’est là qu’on devrait célébrer la diversité ethnique en proposant une variété de plats. Ici, au septième étage du building Hall, se trouve le «Food Court», seule caf’ étudiante du campus du centre-ville. Plus déprimant que ça, tu rentres chez les frères! On se croirait dans une shop de Saint-Henri…
Ni les frites à 1,30 $, ni la coleslaw à 90 ø, ni le chicken burger à 2,39 $ n’arrangent les choses. Tout est congelé-décongelé, frit dans de l’huile qu’on dirait conservée depuis l’Antiquité. En plus de sentir la friture si vous traînez là plus de cinq minutes, il vous viendra – comme à moi – l’envie irrépressible de fuir de là à toutes jambes. Pas surprenant qu’on compte ici un nombre record d’étudiants végétariens! L’autre option, le Café Mezz, n’était pas ouvert lors de mon passage, mais il devrait proposer des sandwichs et des trucs un peu moins frustes (si j’en juge d’après les commentaires entendus). De l’autre côté de la rue, dans le tout nouvel édifice, ça ne s’arrange pas: on n’y trouve qu’une franchise de Tim Horton’s, rien de bien réjouissant. A mon avis, vous devriez préférer TOUS les restos des alentours.
Coût moyen pour un repas: 6 $
Note accordée: 1/10
Université McGill
L’Union Building a été construit pour servir de quartier général aux étudiants. Il héberge toutes les associations, un pub et la caf’. C’est là qu’on se retrouvait, à l’époque où j’y étudiais, pour se plaindre des profs et faire nos recommandations de cours à suivre, de livres à lire, de bars à courir et pour échanger des informations cruciales sur… les plats à éviter à la cafétéria!
Notre élite anglophone, si elle se nourrit de cette pitance insignifiante s’en trouvera bien mal, je l’en avertis. Si les chaises et les tables datent des années cinquante au moins, les fenêtres sont grandes et permettent à la lumière d’entrer. Du reste, côté cuisine, c’est la formule classique de la nourriture prise à la file indienne dans des distributeurs ouverts (et parfois même tenus par des personnes en chair et en os). Peu de différence avec Concordia, si ce n’est la présence d’une sorte d’annexe, appelée South Side Bistro, qui n’a pourtant vraiment rien d’un bistro. On y sert de la pizza (cuite sur place, mais avec des ingrédients industriels et de la pâte congelée!), des souvlakis franchement dégueulasses, et un dessert impossible à identifier. Je me suis dérobé au reste des propositions; de toute façon, c’est toute la même… poutine! La seule vraie spécialité se trouve dans les nourritures liquides, servies en très grande quantité les vendredis au Gertz Pub. Unique nourriture acceptable? Comment font-ils, nos anglos, pour obtenir de bonnes notes après ça? Je vous le demande. Je veux bien croire que la bouffe ce n’est pas leur truc, mais là, franchement!
Coût moyen pour un repas: 6 $
Note accordée: 3/10
Université de Montréal
Voilà une autre cafétéria que j’ai bien connue. Il y avait autrefois plusieurs caf’ au pavillon Jean-Brillant, où j’attendais le début des cours, mon baladeur sur les oreilles. La caf’ principale, grande comme un hall de gare, sert une cuisine guère engageante dans une atmosphère digne de Brave New World. On peut au moins regarder dehors à travers de grandes baies vitrées donnant sur un passage entre deux buildings. Le mobilier n’a pas changé d’un iota depuis vingt ans, et la cuisine, si elle est marginalement moins pire que les autres, n’est guère une panacée. Le menu du jour propose, pour 6 $ – tenez-vous bien -: un bol de soupe en «canne», une assiette dite «chinoise» (en fait un mélange de viande mal assaisonnée et de légumes trop peu cuits, surtout du brocoli et des carottes), un dessert (inqualifiable!) et un café im-bu-va-ble. Préférez le Café La Brunante, au fond du couloir quand c’est ouvert, ou mieux, allez rue Lacombe, ou chemin de la Côte-des-Neiges, ou avenue Victoria, je ne sais pas moi! Fuyez ces substances qui me feraient revenir à l’état de chasseur-cueilleur.
Coût moyen: 6 $
Note accordée: 4/10
UQAM
En termes esthétiques, L’UQAM, en tout cas le pavillon Hubert-Aquin, possède la plus belle cafétéria. Ici, on oublie un peu qu’on est à l’école. Si le décor est aussi confus que tout le reste à l’UQAM – un vrai labyrinthe de béton, de couloir et d’escaliers roulants – au moins les chaises sont-elles confortables, et l’agencement des tables, inhabituel. On peut même s’installer sur une terrasse extérieure et écouter les oiseaux, la chute d’eau, la radio communautaire. Si la bouffe ne mérite pas le déplacement, au moins vous ne risquerez pas l’intoxication. Ici, on propose autre chose que les maudits hamburgers et la poutine; choix de croissants, sandwichs à peu près décents, bar à salade et bistro-pub où l’on trouve même une table de billard. Enfin, on semble reconnaître qu’ici, les étudiants sont des êtres bien vivants (et bien conscients), qui méritent mieux que de la pâture à bétail.
Coût moyen pour un repas: 7 $
Note accordée: 6/10
Pour les cégépiens affamés
Dawson: Alors là, ce n’est vraiment pas bon du tout! Je n’ai pris qu’une bouchée, j’ai laissé le reste du plat du jour dans mon assiette, et j’ai regardé autour de moi les gens faire de même. Pour la première semaine de cours, ce n’est pas trop encourageant, avouons-le.
Coût moyen pour un repas: 5 $
Note accordée: 2/10
Maisonneuve: Bof! Pas beau, pas bon, pas envie de s’attarder là, mais il n’y a rien d’autre dans les environs, sauf les distributrices électroniques…
Coût moyen pour un repas: 5 $
Note accordée: 3/10
Collège LaSalle: La Caf’ ne sert rien de bon, sinon l’eau minérale et le thé en sachet, mais ce cégep privé, qui compte une école d’hôtellerie, abrite un restaurant très correct, le Fuchsia, où l’on est servi par des étudiants en formation (qui ne sont pas mal, à vrai dire, en tout cas meilleurs serveurs que beaucoup de soi-disant pros de la Main). La cuisine est savoureuse, préparée avec de vrais produits qui sortent de la terre. Plus cher, mais le meilleur de tous, sans aucun doute.
Coût moyen par repas: 10 $
Note accordée: 7/10