Mercredi 2 septembre, 9 heures du matin. Dans la salle Jean-Déprez de l’édifice de Radio-Canada, les journalistes sont réunis pour le dévoilement de la nouvelle programmation. Il y a de l’électricité dans l’air. Depuis quatre jours, les journaux dévoilent les détails de la relation amoureuse du directeur des programmes avec la vice-présidente de la maison de production Prisma, également actionnaire à 35 % d’une autre maison de production, Sovimage. En coulisses, on ne parle que de ça.
Le directeur des communications de Radio-Canada, Daniel Gourd, est le premier à prendre la parole. «Je voudrais vous préciser que nous ne répondrons qu’aux questions concernant la nouvelle programmation, un point c’est tout.» Le message est clair: Radio-Canada n’a pas le goût de voir son party de la rentrée gâché par «l’affaire». Tout de même, c’est ironique de voir défiler les grands bonzes de l’information radio-canadienne, les Claude St-Laurent, Jean Pelletier et Renaud Gilbert (RDI), venus défendre l’information avec un grand I alors que quelques chaises plus loin, leurs supérieurs refusent de répondre aux questions des journalistes. Des journalistes qui jouent le jeu, de surcroît. En effet, une seule question sera posée sur le sujet pendant toute la rencontre: «Est-ce que Radio-Canada compte tenir un point de presse dans les prochains jours pour éclaircir la situation?» La réponse de Michèle Fortin, vice-présidente de la télévision française, est cinglante: «On a dit qu’on ne parlerait pas de ça. S’il y a une conférence de presse, inquiétez-vous pas, on va vous inviter.» Et vlan dans les dents!
Puis plus rien. Le silence. Les journalistes sont conviés à poursuivre la fête sous la tente, en compagnie des vedettes de la saison. A la sortie, une journaliste télé de Radio-Canada n’en revient pas: «S’il y avait eu des journalistes de la salle de nouvelles télé, les patrons de Radio-Canada ne seraient pas sortis vivants de la salle. On leur aurait mis le micro sous le nez jusqu’à ce qu’ils répondent quelque chose.»
Jusqu’à ce jour, Radio-Canada refuse de tenir une conférence de presse qui viendrait éclaircir une fois pour toutes les interrogations quant à l’impartialité de son directeur des programmes. «Nous avons des règlements très sévères pour des cas comme ceux-là», explique Daniel Gourd. Il existe des mécanismes qui excluent automatiquement M. Ohayon des dossiers concernant les boîtes de production de sa nouvelle conjointe. Ces mécanismes ont été mis en place en juin dernier, le jour même où M. Ohayon nous a annoncé sa liaison avec Mme Johanne Forgues.»
Mais le fait d’être exclu de certains dossiers n’empêche-t-il pas le directeur des programmes de faire son boulot comme il faut? «Non, répond M.Gourd, car il n’est jamais le seul à décider des émissions qui se retrouveront à l’écran. C’est un mécanisme complexe qui repose sur un travail d’équipe. Le sort d’une émission ne repose pas entre les mains d’une seule personne. Que voulez-vous que M. Ohayon fasse de plus? Qu’il démissionne parce qu’il est tombé en amour avec la mauvaise personne? Voyons donc, c’est l’Inquisition…»
Le hic, c’est que la rumeur veut que la relation du directeur des programmes avec la vice-présidente de Prisma soit plus ancienne qu’on le dit. La rumeur n’a jamais été fondée. Si elle l’était, Radio-Canada devrait rendre des comptes. «Prouvez-moi que M. Ohayon voyait Mme Forgues avant juin 1998, et nous verrons à ce moment-là», lance Daniel Gourd, un sourire en coin. «Jusqu’à maintenant, M. Ohayon a toute ma confiance.»
La stratégie de Radio-Canada est limpide: pas question d’admettre qu’il puisse y avoir l’ombre de l’apparence d’un conflit d’intérêts. Mieux encore, on brandit la lettre de la présidente de l’Association des producteurs qui affirme qu’aucun producteur ne se sent lésé dans cette affaire. Comme si les producteurs étaient assez stupides pour se plaindre publiquement de la situation. Pire encore, M. Gourd semble vouloir faire porter l’odieux de la chose sur les journalistes en les faisant se sentir cheap de poser des questions sur la vie privée d’un individu. En désespoir de cause, M. Gourd nous la joue même à la X-Files: «Demandez-vous pourquoi cette information est sortie quelques jours avant notre lancement, dit-il d’un air énigmatique. Ce n’est pas un hasard…» Bon, un complot impliquant un concurrent maintenant? Et quoi encore?
Décidément, on n’est pas près de connaître le fin fond de cette sale affaire.
Chili
Le 11 septembre 1973, les Chiliens se sont réveillés dans un pays sens dessus dessous. Une faction des forces militaires, avec à leur tête le général Augusto Pinochet (un des hommes de confiance du président Salvador Allende) décidait de renverser le gouvernement au pouvoir et de mettre fin, à sa manière, à l’état de crise qui paralysait le pays.
Pendant douze heures, le président et son entourage se sont réfugiés à l’intérieur du Palais présidentiel de La Moneda. C’est ce siège que raconte Le Dernier Combat de Salvador Allende, un excellent documentaire produit par la maison Macumba International (fondée par une poignée d’anciens réalisateurs de l’émission Nord-Sud). Le réalisateur Patricio Henriquez, et le journaliste Pierre Kalfon ont recueilli les témoignages des survivants, témoignages qui composent la trame de ce récit palpitant illustré par de nombreuses images d’archives. Certains des témoignages sont complètement renversants, comme celui d’Edward Korry, ambassadeur des États-Unis au Chili de 1967 à 1970, qui raconte le plus candidement du monde comment les États-Unis, avec l’aide du Vatican et de quelques maisons royales d’Europe, ont réussi à déstabiliser le régime socialiste. On assiste à des moments très émouvants: la veuve d’Allende qui raconte l’enterrement clandestin de son mari, ainsi que l’ex-attaché de presse d’Allende qui, encore aujourd’hui, contient mal son émotion. Enfin, un conseiller raconte comment il a assisté au suicide du président chilien qui s’est tiré une salve de mitraillette dans la tête. Un document riche et pertinent qui sera présenté sur Télé-Québec ce jeudi, à 20 h, dans le cadre de l’émission Le Tour des mondes, et qui sera suivi d’une discussion dans le cadre de la nouvelle émission Chasseurs d’idées, animée par Michel Désautels. A noter qu’un autre document, Chili, la mémoire obstinée, sera présenté sur les ondes de RDI, le même soir, à la même heure, ainsi qu’en anglais à Newsworld, le 11 septembre, à 20 h.
Médias
Première de ce nouveau magazine hebdomadaire animé par la journaliste Lyne Pagé, qui se penche sur le monde des communications, du journalisme et de la publicité. Au programme: comment les grands réseaux lancent-ils leur nouvelle programmation. Parlera-t-on du scandale entourant le directeur des programmes de Radio-Canada? A voir, dimanche, 11 h 30. Radio-Canada.
Le Téléjournal à la manière Bureau
Stéphan Bureau n’a pas déçu ses fans, lundi soir dernier, en amorçant Le Téléjournal avec une nouvelle concernant le fabricant d’automobiles Volvo. Le scoop du journaliste Patrice Roy révélait que Volvo venait de décrocher un contrat pour remplacer les véhicules de la Sûreté du Québec, ce qui a fait dire à Bureau: «On pourrait presque parler d’une bonne nouvelle Volvo.» (allusion à la bonne nouvelle GM du concurrent TVA, vous l’aurez compris). Et voilà, le ton est donné. Bureau n’a rien perdu de son mordant, bien au contraire. Il s’est également entouré d’une équipe très solide composée de Mario Toussaint (ex-directeur de la station de radio communautaire CIBL et ex-employé de RDI), de Jean-Pierre Laurendeau (qui a quitté son poste de responsable de la programmation télé à la Cinémathèque québcoise), ainsi que de Claude Fugère, rédacteur de nouvelles que Bureau est allé kidnapper dans la salle de rédaction de TVA. Vous vous souviendrez peut-être de lui (et de son humour particulier), alors qu’il couvrait la scène municipale pour les nouvelles TVA. Bref, une équipe qui ne manque ni d’humour ni de compétence (juste de filles!). Ça promet.