Il y a les pessimistes. Bogue de l’an 2000, scandales pédophiles, virus informatiques et menaces pour notre vie privée sont les seuls mots qu’ils associent à Internet. Pourtant, la toile permet aussi l’amitié, l’amour et la solidarité… Voyage dans le monde bien réel des internautes optimistes.
Pas facile de garder contact avec nos proches quand ceux-ci sont éparpillés partout sur la planète. Cécile Gladel, une jeune relationniste, en sait quelque chose! «Mes parents vivent en France et ma sour est au Mexique. Plutôt que de dépenser une fortune en interurbains pour avoir des nouvelles une fois par deux mois, avec Internet on s’écrit tous les deux jours.»
«Mes amis d’adolescence aussi vivent loin de moi, raconte Cécile. Aujourd’hui, j’en ai une à Winnipeg, un autre en Allemagne et un troisième qui est toujours en voyage à cause de son travail. On ne s’écrit plus par le courrier normal depuis longtemps et ce serait impossible de garder contact s’il n’y avait pas le courrier électronique. Sans cela, je n’aurais jamais pu accompagner mon amie de Winnipeg dans sa grossesse et avoir des nouvelles de son accouchement…»
Internet a aussi été pour elle le moteur de grands changements. «Je rêvais de venir m’installer au Québec depuis longtemps mais je n’en avais pas le courage. Internet m’a fait rencontrer, ici, l’amour de ma vie et c’est ce qui m’a convaincue de traverser l’Atlantique. C’est la meilleure décision que j’ai prise de toute ma vie!»
Contrairement à Cécile, Sylvain Carbonneau s’est créé son réseau d’amis à partir de la toile. «Je me suis électrocuté en travaillant et je me suis retrouvé à l’hôpital plus de trois semaines. Pendant tout ce temps, aucun de mes amis rencontrés dans la vraie vie n’est venu me voir, mais plus de 30 personnes avec qui je parle régulièrement sur IRC (un logiciel de discussion en temps réel) sont venues me tenir compagnie! Il y en a même un qui est descendu de Drummondville un jeudi, seulement pour me dire "allo" en personne! On se parlait depuis un an, mais je ne l’avais jamais vu.»
Sylvain a découvert sur IRC une «gang» qui lui ressemble. Plusieurs fois par semaine, il bavarde avec eux… Sa disparition soudaine, à la suite de son accident, en a inquiété plusieurs. Au début, ceux qui allaient le voir à l’hôpital rapportaient les nouvelles aux autres. «À ma grande surprise, un de mes amis d’IRC est arrivé, au début de ma deuxième semaine à l’hôpital, avec un ordinateur portable tout équipé pour que je puisse revenir sur IRC! Encore aujourd’hui, de le raconter, ça me fait venir les larmes aux yeux.»
«Il m’est aussi arrivé de devoir aider un jeune ami et sa mère à déménager, raconte Sylvain. Le beau-père était particulièrement violent et sa mère avait décidé de partir en cachette. J’ai organisé le déménagement avec la gang d’IRC, on était douze. De leur famille, seulement deux personnes ont pu venir nous aider…»
Des histoires comme celles de Cécile et de Sylvain, il y en a des tonnes. Le bon côté d’Internet ne se limite toutefois pas aux possibilités de relations interpersonnelles qu’il permet!
Un acteur social dérangeant
La toile peut aussi servir les intérêts des citoyens, si ceux-ci prennent la peine de s’y intéresser. Le meilleur exemple de cette appropriation de la technologie pour faire avancer une lutte sociale est les événements du Chiapas, au Mexique, il y a quelques années. Malgré le fait que leur communauté vivait dans la jungle, les zapatistes ont réussi à mettre au courant les journaux du monde entier de leur oppression par l’armée mexicaine. La pression internationale est rapidement devenue assez forte pour forcer le gouvernement de ce pays à négocier une trêve.
Plus près de nous, une autre initiative attirait dernièrement l’attention. Des employés mécontents de leurs conditions de travail ont décidé de créer un syndicat virtuel! Nommé UbiFree, ce syndicat attaquait le géant du multimédia Ubi Soft. À la fin du mois, l’expérience prendra fin, l’employeur ayant démontré un minimum de bonne volonté pour faire changer les choses. Le prochain syndicat virtuel sera peut-être celui des employés de McDonald, qui sait?
Moins militantes, d’autres expériences se tentent sur Internet. C’est ainsi que s’est créé le premier groupe virtuel des Alcooliques Anonymes. Sur leur site, on peut lire qu’il est destiné aux «gens isolés, handicapés, qui ne peuvent pas se déplacer, etc.». Le groupe se réunit trois fois par semaine sur IRC et il offre la possibilité de faire partie d’une liste d’envoi par courrier électronique. Plusieurs organismes d’aide sont sur Internet sans avoir poussé jusqu’à offrir ce genre de services virtuels, mais d’autres suivront sûrement l’exemple.
Depuis ses débuts, Internet attire surtout des jeunes hommes très scolarisés comme utilisateurs. C’est une situation qui est en train de changer. Les personnes âgées débarquent en grand nombre sur la toile depuis un an. Bien qu’elles soient encore peu visibles, elles auront un effet majeur sur le développement d’Internet. Même chose pour les personnes handicapées. La technologie est de plus en plus performante et on en est maintenant à perfectionner des logiciels de contrôle de l’ordinateur par la voix, de souris pour les pieds ou pour la langue! Il va sans dire que l’accès à Internet est une façon très efficace pour ces personnes de briser leur isolement et de jouer un rôle plus actif au sein de la société. Même les itinérants se branchent. Depuis un an, le Café de la Rue à Montréal leur offre l’accès à Internet presque gratuitement.
D’autres se sont approprié la toile depuis longtemps. C’est le cas de la communauté gaie, qui a deux fois plus de sites recensés par l’outil de référence La Toile du Québec que les personnes âgées ou les jeunes!
Actuellement, déjà un Québécois sur cinq utilise Internet au moins une fois par semaine et la progression continue. À quand la démocratie virtuelle?